Hein? Picasso évolue!

Hein? Picasso évolue!

Il y quelques mois, je vous parlais d’un jouet que j’adore : le Rubik’s Cube. Ce casse-tête est en effet l’un des puzzles les plus connus au monde et un objet qui me passionne beaucoup. Mais à force de résoudre ce cube encore et encore, il arrive une certaine lassitude et un ennui lors de sa résolution. Il me fallait un challenge plus important désormais. Et ça tombe bien, car il existe énormément de versions du Rubik’s Cube afin de plaire à tout le monde !

Je vous parlais déjà du Rubik’s Cube Mirror, qui a la particularité de n’avoir aucune couleur et dont la résolution se fait grâce aux formes du cube. Si vous savez comment faire un Rubik’s cube classique, alors celui-là ne devrait pas trop vous poser de problèmes, bien qu’il faille un certain temps d’adaptation au tout début. L’avantage de ce cube est que vous pouvez le réaliser les yeux fermés puisque vous n’avez pas besoin de voir les couleurs. Il faut alors faire confiance à son toucher et à ses mains afin de bien savoir si les pièces sont dans le bon ordre.

Résultat de recherche d'images pour "Rubik's Cube Mirror"

Mais une fois de plus, à force de le résoudre sans arrêt, ce cube devenait ennuyeux. En effet, tout comme son prédécesseur, il prenait moins de 3 minutes à résoudre. Il me fallait donc un véritable challenge, une épreuve beaucoup plus compliquée qu’un simple cube. Après quelques recherches, je suis enfin tombé sur la perle rare. Un Rubik’s Cube classique, à la seule différence que celui-ci n’était pas composé de 9 carrés sur chaque face, mais de 25. Ce n’était plus un cube de 3x3x3 mais de 5x5x5. Je ne vous dirais même pas le nombre de combinaisons possible pour un tel monstre.

Rubik's Cube 5x5x5

Me voici donc fasse à cette chose et me voilà bloqué. En effet, dans un cube classique de 3x3x3, je sais par où commencer : tout d’abord une face, puis la deuxième couronne et enfin la dernière face. Mais ici, il y a tellement de carrés que j’en suis totalement perdu. Heureusement mon ami internet est là pour m’aider à résoudre ce problème avec plusieurs aides. Et même avec ça, cela reste plutôt difficile. J’ai mis plus de 20 minutes à le résoudre la toute première fois, soit la durée d’un épisode des Simpson. Inutile de vous dire que j’étais face à un vrai challenge et que ce temps ne me convenait pas du tout. Je me fixais alors un objectif bas tout en restant atteignable : 10 minutes. Je devais ainsi essayer de réduire de moitié mon temps initial. Et ce n’était pas gagné d’avance.

Bien que j’enchaînais les essais et que je réduisais considérablement mon temps, je restais bloqué aux alentours des 12 minutes. Cela est d’autant plus frustrant qu’à chaque tentative, c’est plus de 10 minutes que je vais perdre, rendant le processus très long. De plus, il arrive très fréquemment que je commette une erreur en essayant d’aller vite. Si je me retrouve à inverser une seule couleur au mauvais moment, c’est tout le cube que je dois recommencer. Il faut donc mélanger patience, habileté et rapidité pour arriver au bout de ce casse-tête, l’essentiel étant de ne jamais abandonner.

Et en effet, à force de faire et refaire ce maudit cube, je passais sous la barre des 10 minutes. J’étais tellement content de voir que j’avais finalement réussi après tant d’échecs. Toutefois, cela ne me suffisait pas. J’avais encore fait beaucoup d’erreurs et j’étais persuadé que je pouvais encore gagner une minute. Je continuais alors de m’entraîner jusqu’à descendre au temps de 8 minutes et 45 secondes. Quelle joie de voir que le travail paye.

J’avais également prévu de filmer ma tentative, afin de vous montrer une preuve et que vous constatiez à quel point il est long d’essayer de résoudre cet immense cube. Voyez par vous-même :

Je suis assez content de cette épreuve et je ne prévois pas de me lancer dans un autre défi de cube pour l’instant. Qui sait, peut-être un jour essaierai-je de résoudre le plus grand cube du monde de 17x17x17.

I have a dream (5/8)

I have a dream (5/8)

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La neige s’était arrêtée de tomber. Dehors, on pouvait entendre des enfants s’amusant avec la neige. Parmi eux, on trouvait une petite fille d’environ six ans qui portait un énorme manteau orange accompagné de bottines violettes. On trouvait d’épaisses lunettes rouges posées sur son nez, et sur sa tête un bonnet marron laissant dépasser une natte blonde. Au bout de ses mains, il y avait des gants qui paraissaient être trois fois trop grands pour elle. Depuis plusieurs minutes maintenant, elle s’attelait à la réalisation d’un bonhomme de neige. Elle commença par la partie du bas en regroupant un maximum de neige possible afin d’avoir un corps assez gros pour pouvoir supporter les deux autres parties. Alors, elle prit soin de faire une deuxième boule, beaucoup plus fine que la précédente, et la déposa juste au-dessus. Il ne lui restait maintenant plus qu’à faire la tête pour terminer son bonhomme de neige. Elle rassembla une fois de plus assez de neige pour former une forme bien ronde et solide avant de la poser en tout en haut de sa construction. La structure était maintenant terminée et il ne restait plus qu’à agrémenter ce bonhomme de divers accessoires afin de le rendre plus vivant. Au sol, il y avait quelques branches que les tilleuls avaient laissé tomber, trop fatigués par le froid pour les maintenir accrochées. Elle récupéra plein de branches avant de choisir les deux plus jolies qui constitueraient les bras de son personnage. Les cailloux allaient avoir droit au même sort afin de déterminer lesquels seraient parfaits pour former les yeux de la statue de neige, le reste des pierres seraient utilisées pour former son sourire. Pour la touche finale, la petite fille ôta son bonnet et le plaça sur la tête de son nouvel ami qui paraissait désormais plus vrai que nature à ses yeux. Elle affichait un sourire de gagnante au vu de ce qu’elle avait réalisé, et les sauts de joie qu’elle faisait montraient bien qu’elle n’en était pas peu fière.

Pendant qu’elle continuait d’exprimer sa joie en faisant le tour de son nouvel ami, d’autres enfants s’adonnaient à une bataille de boule de neige endiablée. Des projectiles fusaient de part et d’autre de la rue et personne n’était à l’abri de se prendre une boule de neige dans la figure. Personne.


Lorsque Rémi avait ramené son bulletin du premier trimestre à ses parents, ces derniers avaient changé de couleur jusqu’à atteindre un rouge aussi écarlate que celui de la tenue du père Noël, qu’il n’était d’ailleurs pas près d’entendre parler cette année. Il était entré en sixième à la rentrée et ce que l’on pouvait dire c’est que cela ne lui réussissait pas trop, d’autant qu’il ne passait pas inaperçu avec ses cheveux roux et son mètre soixante. Il avait eu des mauvaises notes dans presque toutes les matières sauf en sport, ou éducation physique et sportive comme le rabâchait leur professeur, Monsieur Groudeau. Ce dernier était un homme assez petit d’une cinquantaine d’années. Il avait un ventre des plus imposants, à se demander s’il avait été sportif dans sa vie et Rémi eut du mal à croire que cet homme allait lui apprendre quoi que ce soit sur le sport. Pourtant, ce dernier lui avait prouvé le contraire. Ils commencèrent l’année avec du baseball ce qui avait étonné Rémi, car ce n’était pas vraiment une activité très populaire en France. Pour leur première séance, les élèves apprirent les règles de base de ce sport très américain. Au final c’était assez simple : on lance une balle et l’équipe adverse doit frapper avec une batte pour l’envoyer le plus loin possible. Un jeu d’enfants. Lors du premier entraînement, tout le monde voulait avoir le poste de batteur et essayer de propulser la balle hors du terrain tel un pro. Rémi se retrouva alors en position de lanceur avec pour seule consigne d’envoyer la balle vers le batteur aussi fort qu’il le pouvait. Rémi se sentait alors comme les superhéros qu’on pouvait voir dans les dessins animés, comme si le destin de la Terre entière reposait sur cette balle qu’il tenait de la main droite. Il posa son pied gauche en avant et recula son bras droit pour prendre de l’élan. On aurait dit qu’il essayait d’accumuler toute la force de son corps dans sa main. Ses yeux étaient plissés, concentrés sur l’objectif. D’un coup sec, il bascula son corps en avant et tendit son bras droit, relâchant la balle au tout dernier moment. Le projectile parcourut le terrain et le batteur n’eut même pas le temps de frapper que la balle avait déjà atterri dans le gant du receveur. Monsieur Groudeau n’en revenait pas. En vingt ans de carrière, c’est la première fois qu’il vit un lancer aussi fort, rapide et précis. Ainsi donc, à chaque entraînement, tout le monde se battait pour avoir Rémi dans son équipe et battre à plate couture le groupe adverse. Ce dernier était très fier de ses résultats en baseball, ce qui n’était pas vraiment le cas de ses parents qui auraient préféré qu’il se passionne pour les mathématiques ou le français. Rémi était censé être puni aujourd’hui et réviser ses leçons pour les contrôles de la rentrée, mais il ne l’entendait pas de cette oreille. En toute discrétion, il avait quitté la maison de ses parents pour aller jouer dans la neige avec ses amis du collège. Ils décidèrent naturellement de se lancer dans une partie de bataille de boule de neige, en sachant que Rémi serait un adversaire redoutable. Ils s’étaient mis à trois contre un et malgré cela, le combat n’était pas équitable. Il ne fit qu’une bouchée de ses opposants en les bombardant sans arrêt, sans leur laisser une minute de répit.


La petite fille n’avait pas vu les garçons jouer non loin d’elle. Elle ne remarqua pas que ce grand roux venait de prendre une énorme boule de neige dans la main pour la lancer sur son ami. Elle ne vit pas non plus que la personne visée avait esquivé de justesse le projectile, qui se dirigeait maintenant tout droit vers elle. La boule de neige se fracassa contre la tête du bonhomme de neige avec tellement de force qu’elle la fit tomber, le décapitant. La petite fille regarda avec horreur la tête de son compagnon qui gisait maintenant sur le sol, sans vie. Elle se mit à hurler de tristesse, un torrent de larmes coulant sur ses joues roses.

Elle venait de perdre son ami.


Je venais de perdre mon ami.

C’est la première fois de ma vie que je ressentais un vide dans mon cœur, comme si celui-ci ne voulait plus fonctionner. Ainsi, le sang ne circulait plus correctement à l’intérieur de mon corps. Je ne sentais plus mes muscles et ma tête s’était tellement vidée que j’étais en train de faire la plus grosse bêtise de toute ma vie. Mes larmes avaient séché sur mes joues alors que je consultais une dernière fois le livre de la bibliothèque avant de quitter ce monde une bonne fois pour toutes. J’espérais à tout prix que ce qui était marqué à l’intérieur était vrai, car je ne pourrais vivre une seconde de plus dans cet endroit où tout le monde me tournait le dos. À force de l’avoir lu, je connaissais maintenant toutes les techniques propices à la réalisation d’un rêve lucide inscrites à l’intérieur. J’étais prêt à quitter ce monde pour en rejoindre un où je pourrais enfin être heureux.

Je rejoignis mon lit et m’allongea sur le dos. J’étais encore fatigué de la soirée avec Sam et il ne serait donc pas difficile de trouver le sommeil. Avant de fermer les yeux, je regardais une dernière fois cette chambre où j’avais un jour connu la joie d’être avec la plus belle femme du monde. Tous nos souvenirs ressurgirent d’un seul coup : la première fois que nous avions fait l’amour dans ce lit, nos fous rires sous la couette un dimanche matin, nos querelles aussi explosives que brèves. Je repensai alors à la dernière fois que Marie était dans cette pièce.


C’était un vendredi matin. On pouvait déjà entendre les oiseaux chanter dehors alors que le soleil n’avait pas encore pointé le bout de son nez. Je me rappelle qu’il neigeait particulièrement fort cette journée et en regardant à travers la vitre de mon appartement, je faisais face à un paysage d’une pureté incomparable. Marie était allongée près de moi, son bras gauche sur mon torse. Délicatement, je m’extrayais de son emprise divine pour rejoindre la salle à manger et préparer son petit-déjeuner préféré : deux tranches de pain grillées bien beurrées avec une pointe de confiture à l’abricot, accompagnées d’un thé de Noël avec deux sucres, ni plus, ni moins. À peine suis-je entré dans la chambre, muni de ce goûter digne d’une reine, que Marie se réveilla, comme sortie d’un long sommeil par l’odeur alléchante du pain encore chaud et de l’arôme qui s’évadait de la tasse de thé. En voyant que je lui apportais cela, tel un servant portant une offrande à sa déesse, elle échappa un petit bruit de tendresse, manifestement touchée par mon geste. Elle me regarda ensuite avec ces yeux que je ne saurais toujours pas décrire, capable de percer mon âme et d’arrêter le temps autour de moi. Tout allait pour le mieux à ce moment-là. Nous sommes restés quelque temps, allongés sur ce grand lit, à refaire le monde, à dire des bêtises et à rigoler. Cette matinée rien qu’avec elle me confirmait mon envie de passer le restant de mes jours à ses côtés. Ainsi, lorsque nous avions terminé notre petit-déjeuner et que nous nous apprêtions à quitter l’appartement, j’enfilai mon manteau rouge tout en prenant soin de vérifier que la bague était toujours dans ma poche.

La dernière fois que Marie était dans cette chambre, c’était un vendredi matin. Le même vendredi où mon cœur a été brisé.


Ce souvenir me rendait plus déterminé que jamais pour passer à l’action. Mes paupières étaient lourdes et je ne tardais pas à somnoler. Bientôt, je rêverai d’un monde où Marie et moi sommes heureux, et une fois que je serai dans cet univers merveilleux, je prendrais contrôle de ce rêve pour me tuer et ainsi y rester pour l’éternité. Sur cette ultime pensée, je fermai les yeux et me laissai emporter par le sommeil pour ce qui serait, je l’espère, mes derniers instants dans ce monde.

Suite

Une lueur d’espoir

Une lueur d’espoir

Pour la première fois depuis ses débuts, le père Noël se retrouvait avec une liste des “enfants sages” sans aucun nom. Comment allait-il distribuer tous les cadeaux que les lutins avaient confectionnés avec tant d’amour si personne ne les méritait ? Il devait sans doute y avoir une erreur et, afin d’en avoir le cœur net, il avait décidé de prendre son traîneau magique et d’aller voir ce qu’il en retournait directement dans les maisons des enfants qui étaient d’habitude les plus sages de tous. Il entra dans son garage privé et demanda aux rennes de se mettre en place afin de décoller. Comme à son habitude, il les compta rapidement afin d’être sûr que personne ne manquait à l’appel. Lors de ses premières tournées, il avait recruté huit rennes qu’il jugeait être les plus compétents de tous.

Il y avait d’abord Tornade, le rapide du groupe. Ils s’étaient rencontrés un après-midi à l’hippodrome du pôle Nord où le père Noël avait misé sucre d’orge sur lui. Et il avait été tellement heureux de le voir courir aussi vite qu’il l’invita chez lui manger une raclette bien méritée.
La suivante était Danseuse, la plus gracieuse de toutes. Avant de travailler pour le père Noël, elle était danseuse étoile au Ballet de l’Opéra de Longyearbyen, petite ville de Norvège non loin du pôle Nord. Après de multiples représentations à succès, elle décida de se retirer du monde de la danse.
Le troisième était Furie, le plus puissant de tous. Il avait commencé une carrière dans la boxe anglaise avant de laisser tomber. Il travaillait ensuite dans un fast-food où il servit un Sprite sans glaçon au père Noël.
La quatrième se nommait Fringant, la plus belle de tous les rennes. Elle avait travaillé dans une agence de mode et avait tourné de nombreux spots publicitaires pour différents parfums.
Le cinquième était Comète, le plus généreux de tous. Il était bénévole dans différentes associations d’aide aux enfants. Il essayait toujours de donner le sourire aux enfants et lorsqu’il apprit que le père Noël cherchait des rennes pour piloter son traîneau, il sauta sur l’occasion.
La sixième renne était Cupidon, la plus tendre du groupe. Elle avait été nounou et adorait son métier. Tout comme Comète, un sourire sur le visage d’un enfant la rendait heureuse et c’est tout naturellement qu’elle se tourna vers l’offre du père Noël.
Le septième se faisait appeler Tonnerre et était le plus fort de tous. Avant d’entrer dans le groupe de rennes du père Noël, il était bûcheron et avait décroché à de nombreuses reprises le titre de l’employé du mois.
La dernière se nommait Éclair et elle était la plus brillante de toutes. Elle avait étudié dans les plus grandes universités du globe en finissant toujours première de sa promotion.

Ces huit rennes assuraient le transport de tous les cadeaux des enfants à travers le monde et cela depuis le tout premier Noël. Tout allait pour le mieux jusqu’à cette fameuse nuit de Noël 1938. Tout le monde était prêt à décoller, chaque renne était à sa place et le père Noël avait fini sa sieste pour entamer sa longue nuit de distribution de cadeaux. Mais au moment de partir, un nuage des plus épais se posa juste devant la Lune, cachant ainsi sa luminosité. Le ciel était noir et aucun renne n’arrivait à voir dans cette pénombre. Le père Noël, qui avait maintenant 15 minutes de retard, essaya d’accrocher toutes les lampes qu’il put trouver sur le traîneau dans l’espoir d’éclairer la route, mais en vain. Le ciel était trop obscur pour prendre la route et trouver les maisons où déposer les cadeaux. Ce serait une mission suicide que de décoller dans ces conditions. Le père Noël fut donc contraint, pour la première fois depuis qu’il avait commencé sa carrière, d’annuler Noël pour cette année. Des millions d’enfants allaient se réveiller tout excités par la venue du père Noël pour ensuite être déçus lorsqu’ils verraient qu’au pied du sapin aucun cadeau n’était présent.

Cette annulation entraîna une année des plus sombres pour la population mondiale. Petits comme grands exprimaient leur colère à travers le monde, si bien que quelques mois plus tard, une guerre éclata. Le père Noël se sentait responsable d’avoir causé une telle pagaille et il ne voulait absolument pas que cela se reproduise. Il partit donc à la recherche d’un renne étant capable d’éclairer la route qu’il pourrait mettre à l’avant du traîneau afin de ne plus rencontrer un problème pareil. Il utilisa ses contacts qu’il avait gardés du temps où il était agent de sécurité pour trouver un jeune renne qui, selon certains, possédait un nez rouge capable d’éclairer n’importe quel endroit sombre. Après quelques coups de fil, le père Noël s’arrangea pour avoir un entretien avec ce fameux renne. Il devait s’assurer qu’il était bel et bien capable de conduire une cargaison de cadeaux et cela dans le noir le plus total. À peine l’avait-il vu que le père Noël savait déjà que Rudolphe était le renne qui lui fallait. Son nez était encore plus lumineux qu’on lui avait décrit. Avec un tel atout, il était impossible de se perdre et le problème de Noël dernier ne se reproduirait plus. Il parla quelques instants avec lui pour s’assurer qu’il était motivé pour le job et l’engagea aussitôt. Après plusieurs entraînements, Rudolphe avait l’air d’être prêt pour sa toute première livraison de cadeaux. Ainsi, lors de la nuit de Noël 1939, les rennes se mirent en place avec le tout nouveau renne en tête de peloton, son nez rouge brillant d’autant plus fort en cette nuit orageuse. Le père Noël monta sur son traîneau et se prépara à décoller alors qu’une fois de plus, d’épais nuages noirs s’étendaient dans le ciel et obstruaient la Lune et son éclairage naturel. Mais cette fois-ci, il était confiant. La luminosité que dégageait le nez rouge de Rudolphe était amplement suffisante pour pouvoir se repérer dans cette pénombre. Ni une ni deux, il donna l’ordre à ses rennes de décoller pour commencer la distribution des cadeaux. Malgré quelques petits écarts, tout se passa comme prévu et, dès le retour à la base du père Noël, celui-ci félicita ses membres d’équipages pour avoir assuré avec brio cette soirée. Depuis ce jour, chaque soir de Noël, il est possible d’apercevoir une lumière rouge se baladant à toute vitesse dans le ciel, signe que la soirée se passait sans problème pour le père Noël et ses rennes.

Mais ce soir, il y avait un problème. En plus de n’avoir aucun enfant sage à qui distribuer des cadeaux, Rudolphe manquait à l’appel. Le père Noël ne voulait surtout pas risquer une autre catastrophe comme la nuit du Noël 1938 et partit à sa recherche. La disparition de Rudolphe et la liste vide ne pouvaient être une coïncidence. Quelqu’un essayait à tout prix de saboter Noël et il fallait à tout prix découvrir qui était derrière un tel complot.

Fidèles à leur patron, les autres rennes se mirent également à la recherche de Rudolphe. Le père Noël lui, décida d’enquêter du côté de la fabrique des jouets et demander aux lutins s’ils avaient vu quelque chose qui aurait pu l’aider. Mais en entrant dans l’atelier, il tomba nez à nez avec celui que tout le monde cherchait désespérément. Son nez éclairait son air surpris ainsi que l’énorme sac qu’il traînait derrière lui.

« Rudolphe ? Mais qu’est-ce que tu fais dans la fabrique de jouets ? demanda le père Noël. Et qu’est-ce que tu caches dans ce sac ?
— C’est pas tes oignons vieux schnock, dit Rudolphe d’un ton agressif. »

Le père Noël contempla alors la pièce et se rendit compte que la plupart des jouets avaient disparu. Les pièces du puzzle commençaient à s’imbriquer dans sa tête et il se tourna vers Rudolphe.

« C’est toi qui as trafiqué la liste des enfants sages, n’est-ce pas ? questionna le père Noël. Tu t’es arrangé pour qu’aucun cadeau ne soit distribué pour pouvoir les garder pour toi !
— Je vois que tu as compris, répliqua Rudolphe. Je le reconnais, c’est moi qui ai planifié tout ça.
— Mais pourquoi donc ?
— Toutes ces années, j’ai travaillé pour toi, éclairant chaque route avec mon nez pour que tu puisses faire ton travail. Pour la première fois de ma vie, je me sentais à ma place avec tes autres rennes. Mais au final, aucun d’eux ne m’apprécie. Dès que j’essaie de parler à l’un d’entre eux, ils se braquent et cherchent à m’éviter. J’en ai plus que marre de devoir endurer tout ça ! »

Le père Noël se mit alors à réfléchir. Maintenant que Rudolphe le mentionnait, il se rendit compte qu’il ne l’avait jamais vu en compagnie d’un des huit compagnons qu’il avait recrutés à son départ.

« Mon petit Rudolphe, tu as raison, dit-il quelque peu gêné. Je ne t’ai pas vraiment intégré au groupe et je m’en excuse. Mais pense à ce que tu es en train de faire. Tu vas priver des millions d’enfants d’un merveilleux Noël ! Je comprends ce que tu ressens, mais tu es en colère après moi, pas après eux. Ils n’ont rien à voir là-dedans. »

Rudolphe avait l’air troublé. La lumière rouge qui émanait de son nez se mit à faiblir et la pièce devint sombre, si bien qu’il ne remarqua pas que les rennes venaient d’entrer et se trouvaient maintenant à côté du père Noël. Comète s’approcha alors de Rudolphe.

« Je suis vraiment désolée, dit-elle d’un ton plein de remords. On n’a pas été très sympathique avec toi. Pour tout te dire, nous étions tous jaloux de toi. »

Rudolphe leva la tête et fit face à Comète. On pouvait lire la surprise dans son visage suite à la révélation qu’elle venait de lui faire. Tonnerre s’avança à son tour vers lui.

« Comète a raison, dit-il. Tu étais le nouveau du groupe et pourtant tu étais plus fort que nous tous réunis. Et dès ton premier jour, tu étais déjà à l’avant du traîneau tel un leader. Nous enviions tous l’enthousiasme que le père Noël t’accordait et cela nous a énormément contrariés. »

Le nez du renne, qui avait jusqu’alors perdu de son éclat, commençait maintenant à devenir de plus en plus lumineux, comme s’il venait de regagner espoir à la suite des mots de ses camarades. Tour à tour, les autres rennes s’avancèrent vers Rudolphe pour lui témoigner leur affection et lui promettant d’être plus gentils avec lui. Le père Noël qui assistait à tout cela ne put s’empêcher de verser une larme en voyant la solidarité et la compassion de ses rennes. Le nez de Rudolphe brillait désormais de mille feux dans la pièce. Il avait retrouvé le sourire et se tourna maintenant vers celui qui lui avait laissé sa chance.

« Père Noël, dit-il plein de détermination, je vais chercher la véritable liste des enfants sages. Nous avons une longue nuit devant nous alors ne traînons pas ! »

Ainsi, tous les rennes se mirent en place à l’avant du traîneau après l’avoir chargé de jouets. Le père Noël arriva à son tour et prit les commandes, bien décidé à remplir sa mission dans les temps. Rudolphe se plaça comme à son habitude à l’avant du peloton, son nez rouge plus brillant qu’il ne l’avait jamais été. Il se retourna pour voir les autres rennes. Ces derniers affichaient un sourire de confiance, comme pour témoigner que leurs querelles appartenaient désormais au passé.

Un lutin sonna la cloche signifiant que tout était bon et aussitôt, les rennes se mirent à galoper vers la sortie avant de s’envoler. Le père Noël et ses rennes étaient désormais dans le ciel, guidés par la lueur du nez de Rudolphe, prêts à accomplir leur mission et d’apporter la joie aux enfants du monde entier.

Ainsi, si vous êtes attentifs, vous pourrez peut-être observer un scintillement dans la nuit du 24 décembre, signe que le père Noël, Rudolphe et les autres rennes s’activent sans relâche pour vous faire passer un incroyable Noël.