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Auteur : Antoine Delia

Et ça, j’achète !

Et ça, j’achète !

Aujourd’hui marque le premier jour du dernier mois de l’année à savoir, décembre. Ce merveilleux mois rime avec fêtes, repas de famille, hiver et anniversaire d’une superstar (le 9 décembre si j’en crois mes sources). Mais le jour que tout le monde attend avec impatience tombe un peu plus tard, lorsqu’un étrange vieil homme habillé de rouge et de blanc viendra vous rendre visite par votre cheminée pour poser au pied du sapin de merveilleux cadeaux (seulement si vous avez été sage cette année). Ce sera l’occasion pour certains de se voir offrir le dernier iPhone, une nouvelle console de jeu, ou tout simplement un peu d’argent pour se faire plaisir au cours de l’année. Mais est-ce que la consommation de tous ces produits nous rend vraiment heureux ? Y a-t-il un lien entre le nombre de cadeaux et le bonheur ? Je suis récemment tombé sur un article du philosophe et ancien ministre Luc Ferry qui tente de répondre à cette question.

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36 ? Mais l’an dernier, l’an dernier j’en avais 37 !

Parlons tout d’abord du paradoxe d’Easterlin. Oui, je vous vois déjà quitter cet article rien qu’à la vue de ce nom, mais rassurez-vous cela va devenir intéressant. Ce paradoxe qui tient son nom de l’économiste américain Richard Easterlin montre qu’une hausse du PIB ne se traduit pas forcément par une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus. Cela se rapproche en psychologie du paradoxe de l’abondance qui dit que la disponibilité en quantité non limitée d’une satisfaction précédemment rare, finit par engendrer une sorte de lassitude qui conduit à la passivité. Pour faire simple, la quantité mène à l’ennui. On peut alors se poser la question suivante : Ne faut-il pas apprendre à privilégier le qualitatif sur le quantitatif ?

Revenons à ce bon vieux Easterlin (oui encore lui). Ce dernier a évoqué trois raisons qui pourraient expliquer ce paradoxe. Il y a d’abord la question de la jalousie, ou pour être plus précis de l’envie. Si l’on s’en réfère à l’article sur les péchés capitaux, l’envie est en fait la tristesse ressentie face à la possession par autrui d’un bien, et la volonté de se l’approprier par tout moyen et à tout prix. Et cette comparaison avec d’autres personnes, nous la faisons tous les jours et de plus en plus avec les nouvelles technologies. Prenons l’exemple d’Instagram, une application permettant de mettre en ligne des photos et de les partager au grand public. Il vous suffit de naviguer quelques minutes sur ce site pour vous rendre compte que tout est parfait. Les gens sont beaux, musclés, bien habillés en train de siroter un cocktail dans une île perdue du Pacifique. Évidemment si vous regarder ce genre de photos pendant votre pause au travail, il y a de quoi déprimer. Et l’arrivé de Snapchat n’a pas aidé les choses. C’est aujourd’hui une vraie guerre afin de montrer aux autres qui a la meilleure vie, sans pour autant apprécier le moment présent.

La deuxième raison porte sur le phénomène de l’adaptation. Je suis sur que vous avez déjà eu la même expérience que moi : vous venez d’acheter un nouveau téléphone et vous commencez par en prendre soin comme la prunelle de vos yeux. Mais au fil des mois, vous y portez de moins en moins attention jusqu’au point que cela vous est presque égal si celui-ci tombe par terre.

Pour finir, Easterlin parle d’anticipation. Il y aura toujours plus puissant ou plus riche que nous, rendant ainsi la poursuite sans fin des biens matériels dénuée de sens. On peut en effet voir beaucoup de personnes se ruer sur le dernier téléphone à la mode pour finalement le remplacer quelques mois plus tard lorsque sa version suivante sera disponible.

Si la possession de tous ces biens ne rend pas heureux alors comment atteindre le bonheur ? C’est une question qu’il est important de se poser et je pense que la réponse varie en fonction des individus. Il ne tient qu’à vous de la trouver.

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I have a dream (3/?)

I have a dream (3/?)

Je ne saurais dire le nombre d’heures que j’ai pu passer assis dans une bibliothèque. Et quand j’entrai à l’intérieur de celle de ma ville, un air de nostalgie me frappa en plein cœur. Rien que l’odeur des livres entassés dans une étagère me fit revenir des années en arrière, lorsque je n’étais encore qu’un étudiant. Je me revoyais consulter livre après livre, dans le but de me préparer au maximum pour mon concours d’enseignant. Mais aujourd’hui, j’étais ici dans un tout autre but, et je me dirigeai donc vers le rayon « Scientifique » afin d’en savoir plus sur mon mystérieux rêve. J’avais encore gardé mes anciennes habitudes, et au lieu de commencer par la lecture d’un ouvrage sur le sujet, voilà que j’avais rassemblé une dizaine de livres sur la table la plus proche. Il est vrai que j’ai toujours préféré m’entourer d’une grande quantité d’œuvres pour être sûr de leur fiabilité. Personne n’est à l’abri d’un livre racontant des inepties et il est toujours utile de voir une information confirmée dans un autre livre. Ma recherche commença donc par l’étude du sommeil, pour se rapprocher petit à petit du thème des rêves.

Je redécouvris quelques notions que je connaissais déjà, comme le découpage du sommeil en quatre phases. Tout d’abord, il y a l’endormissement. Lorsque notre respiration se ralentit, les muscles se relâchent et notre conscience diminue peu à peu. En moyenne, il faut 20 minutes à notre corps pour passer à la phase suivante : le sommeil léger, qui occupe la moitié du temps de sommeil. Vient ensuite le sommeil profond où notre corps est isolé du monde extérieur et où il est très difficile de se faire réveiller. C’est à ce moment que nous récupérons de la fatigue corporelle. Nous finissons enfin par la partie intéressante : le sommeil paradoxal. Pendant toute sa durée, le cerveau est actif alors que le reste du corps reste au repos. C’est pendant cette période que nous rêvons. Tout ceci n’était à première vue pas très pertinent par rapport à ce que je cherchais, mais je préférais passer au peigne fin chaque ouvrage ayant un lien avec les rêves, afin de ne pas passer à côté d’un détail important.

Les livres qui ne m’intéressaient plus étaient maintenant sur le côté, laissant place à ceux se portant uniquement sur les rêves. En tant que professeur de biologie, je connaissais beaucoup de choses à leur sujet, toutefois, j’espérais trouver une information importante me permettant de mettre au clair ce stupide songe dont Marie était le sujet principal. Mais il fallait que je me fasse une raison. La lecture de ces livres ne m’apprit rien de nouveau, ou qui puisse me donner une lueur d’espoir. La seule partie intéressante fut la définition des rêves par Freud qui les considéraient comme des réalisations hallucinatoires de désirs refoulés dans l’inconscient. Était-ce vraiment tout ce qui me restait d’elle ? Un désir refoulé ?

J’avais fini de ranger tous les livres quand je consultais enfin mon téléphone. Ma mère avait essayé de me joindre quatre fois au cours de la matinée. Il est vrai que je n’ai donné aucune nouvelle depuis ce jour-là. Je me promis de la rappeler en arrivant chez moi et me dirigeai vers la sortie. Mais alors que j’allais passer les portes d’entrée, mon attention se porta sur ce jeune homme, probablement collégien, assis à côté de l’accueil devant un ordinateur. Il tapait à toute vitesse sur le clavier et avait l’air concentré sur l’écran qui lui faisait face. Qu’était-il en train de faire devant un écran, alors qu’il était entouré d’une flopée de livres ? Je m’étais rapproché pour mieux observer ses actions et comprendre ses intentions. Il me remarqua aussitôt et m’interpella : « Je peux vous aider ? » J’étais pris la main dans le sac.

« Euh oui, en fait je me demandais à quoi servait cet ordinateur.
– Ah c’est simple il y a un logiciel dessus pour checker les bouquins, mais là ça rame trop je crois que ça a bugé. »

L’informatique est un domaine où je n’y connais absolument rien et je n’avais donc compris qu’un mot sur deux de sa réponse. Si j’avais bien saisi, il y avait une sorte de programme qui permettait de chercher les livres de la bibliothèque directement depuis l’ordinateur.

« Ah c’est bon j’ai redémarré ça marche nickel !
– Excusez-moi, est-ce que vous pourriez me montrer comment on se sert de ce… truc ?
– Oui bien sûr, vous avez juste à cliquer là, vous tapez ce que vous voulez et après ça vous met tous les livres dispos. »

La curiosité monta alors en moi. Je remerciai le jeune homme et m’installa sur le moniteur voisin pour tester ce fameux programme. Je pouvais chercher n’importe quoi dans toute la bibliothèque et cela me donna plein d’idées. Mes doigts se ruèrent aussitôt sur le clavier et, lettre par lettre, je tapai la première chose qui m’était venue en tête. Je fus surpris de voir aussi peu de résultats pour un prénom aussi beau que celui de Marie. J’étais tellement déboussolé de ne pas la revoir que j’étais en train de la chercher dans une bibliothèque, comme si elle allait apparaître magiquement devant moi dans la catégorie « Romance ». Que pouvais-je chercher d’autre ? Et pourquoi pas d’autres livres sur les rêves ? Bien que l’idée me paraissait être une dernière tentative désespérée de trouver un sens à celui-ci, j’effaçais la précédente recherche et appuyais successivement sur les touches du clavier pour former le mot. Parmi les résultats, je reconnus certains livres que j’avais déjà consultés plus tôt ce matin. Quant aux autres, ils n’avaient pas l’air d’apporter davantage d’informations sur le sujet. Mes yeux se baladèrent sur l’écran, bondissant de livre en livre, avant de se stopper net. Il y en avait un qui était référencé dans la catégorie « Paranormal ». Lors de mes recherches, je n’avais pas eu l’idée de fouiller dans d’autres sections que celle des sciences et j’étais inévitablement passé à côté de lui. Voilà ce qui pourrait m’aider à comprendre ce rêve. Je notai son emplacement et partis à sa recherche dans l’immensité de l’endroit. Une fois arrivé dans le bon rayon, je cherchais des yeux le livre qui m’intéressait jusqu’à tomber dessus. Je te tiens, me dis-je. Je tendis ma main dans sa direction afin de le sortir du rayon. Alors que j’allais toucher le livre, je me stoppai net. Qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Moi, le scientifique, qui allait consulter un livre sur le paranormal pour trouver une signification à un rêve. J’avais vraiment perdu la raison pour penser que ceci m’aiderait d’une quelconque façon à récupérer Marie. Et pourtant, je sentais au fond de moi cette détermination qui me commandait de tout tenter pour elle, peu importe ce que je devais faire pour y arriver. Je secouais ma tête pour chasser ce doute qui essayait de m’envahir et attrapai le livre. Il n’était pas très volumineux ce qui me rendait encore plus curieux quant à son contenu. L’horloge de la bibliothèque indiquait maintenant 14 heures. Je n’avais vraiment pas vu le temps passer. Mon ventre émit quelques sons me faisant comprendre qu’il était l’heure de manger. Aussi je décidai d’emprunter le livre en question pour pouvoir le lire tranquillement chez moi après m’être sustenté. Avant de partir, je jetai un dernier regard vers l’ordinateur où le jeune homme était assis plus tôt, mais personne ne s’y trouvait, et aucun signe de lui dans les alentours. Il avait surement trouvé ce qu’il était venu chercher. Tout comme moi.

La neige tombait depuis ce matin et les rues étaient d’un blanc éclatant, signe que Noël approchait à grands pas. Cette merveilleuse partie de l’année où, juste un instant, tous les gens sont heureux et pensent aux autres avant de retomber dans la routine et de redevenir ronchons. Ne serait-ce pas mieux d’inverser et d’avoir uniquement une journée de mauvaise humeur ? Tout en réfléchissant, je me rappelais que je devais répondre à ma mère qui avait essayé de me joindre toute la matinée. J’eus à peine le temps d’entendre la première tonalité qu’elle répondit aussitôt.

« Allô Thomas ? J’étais inquiète, tu ne répondais pas à mes appels.
– Bonjour maman, désolé j’étais occupé et j’ai pas regardé mon téléphone.
– Bon d’accord. Je voulais t’appeler pour savoir si tu allais bien. Je sais que ça n’a pas dû être très facile ces derniers jours et je voulais te dire que nous sommes là si jamais tu as besoin de quoi que ce soit. »

Bien évidemment je lui répondis que tout allait pour le mieux et que j’étais passé à autre chose. Je ne voulais pas la rendre plus inquiète qu’elle ne l’était déjà. Ma mère est quelqu’un de formidable et elle serait prête à tout pour moi. Comme toutes les mères, je présume. Ainsi, nous avons continué à discuter pendant un quelques minutes. Je lui racontais quelques bêtises que mes élèves avaient rendues lors du contrôle de fin d’année, car je savais que cela l’amusait beaucoup. Après quelque temps, la conversation s’essouffla.

« Dis-moi Thomas, ça te dirait d’aller au cinéma la semaine prochaine ? Il y a un film qui a l’air sympa, ça serait l’occasion de se voir avant Noël.
– Oui, bonne idée, ça fait super longtemps que je suis pas allé au cinéma.
– Super ! On a déjà pris les places pour toi donc tu n’as pas à t’embêter pour réserver. »

La discussion continua encore brièvement avant de nous dire au revoir. Ma mère avait hâte de me voir et je dois dire que ce sentiment était réciproque. J’avais besoin de mes parents aujourd’hui plus que jamais, et cette sortie allait me changer les idées. Je rangeai mon téléphone dans la poche de mon blouson et continuai mon chemin dans la neige, jusqu’à arriver chez moi.

La clé ne voulait pas tourner dans la serrure de ma porte. Je réalisai alors que j’avais oublié de la fermer en partant, trop pressé de rejoindre la bibliothèque. Je posai mes affaires sur la table avant de me diriger vers ma chambre. Mine de rien, cette matinée de recherche m’avait épuisé, et la soirée d’hier n’avait pas non plus aidé. Je m’allongeai sur le dos, les mains derrière la tête, et contemplai le plafond, comme si celui-ci m’aiderait à réfléchir. Mon ventre qui gargouillait quelques moments plus tôt était désormais silencieux, me laissant seul avec mes pensées. Je repensais à notre soirée d’hier avec Sam. Je n’avais pas fini dans un tel état depuis des années. Et tout cela à cause de Marie. Je la revoyais encore devant ce lycée, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je n’oublierai jamais l’effet qu’elle m’a provoqué ce jour-là. Son apparence, son attitude, sa manière de parler et surtout ses yeux qui, aujourd’hui encore, me rendaient fou. Tout allait très vite dans ma tête, comme si j’étais sur le point de mourir et que ma vie défilait devant mes yeux avec Marie qui occupait une grande partie de ce que je voyais. Elle avait bâti une maison d’amour dans laquelle je me sentais en paix, avant de la détruire à coups de bulldozer. Me voilà donc sous des débris d’affections qui servaient jusque-là à me rendre heureux, et qui désormais m’étouffaient au point que, si je ne réagissais pas rapidement, ils finiraient par m’ensevelir. Cette vision cauchemardesque me fit reprendre mes esprits et je me souvins alors que j’avais ce livre avec moi et que je ne l’avais pas encore consulté. Pour être honnête, je pensais que ce bouquin classé paranormal ne m’apporterait rien de plus, et que je perdais mon temps avec cette grotesque histoire de rêve. Surement un autre récit d’horreur pour ados me disais-je. Mais maintenant que je l’avais emprunté, autant y jeter un coup d’œil. Ce serait peut-être ma chance de me sortir de ces décombres une bonne fois pour toutes. Je pris le livre avec moi et m’assis à mon bureau.

Le livre était très fin, une cinquantaine de pages tout au plus. Il paraissait vieux, comme s’il avait traversé différentes époques, à se demander comment il s’était retrouvé dans cette bibliothèque. Une chose m’intriguait cependant, le nom de l’auteur n’était inscrit nulle part. Peut-être avait-il eût honte d’apposer son nom sur une aberration pareille, ce qui me semblait être l’explication la plus probable. Ceci dit, cela apportait une autre touche de mystère à cet ouvrage qui devenait encore plus intrigant. En le retournant, je constatai que la quatrième de couverture était également absente. J’en viendrais presque à croire que ce livre était vierge. Je l’ouvris alors pour essayer d’en savoir plus, prêt à tomber sur une page m’expliquant que je m’étais fait avoir et que ce livre n’était rien d’autre qu’une farce. À ma grande surprise, il y avait bien du texte écrit à l’intérieur et la première page inscrivait : « How to master the art of dreaming and swap from a reality to another ». Évidemment, il fallait que ce soit écrit en anglais, langue dont je suis sûr que mes élèves la comprenaient mieux que moi. Heureusement, j’avais dans mon armoire le dictionnaire d’anglais de Marie qui s’en servait lors de ses études. Je ne savais pas pourquoi elle ne s’en était pas débarrassée depuis le temps, mais je ne pouvais que l’en remercier. Encore une fois elle était là pour moi. Je cherchais, un mot à la fois, et écrivais la traduction française dans mon cahier jusqu’à obtenir une phrase complète : « Comment maîtriser l’art de rêver et de passer d’une réalité à une autre ». Je devais relire ce que je venais de marquer plusieurs fois pour être sûr que je ne lisais pas de travers. Pensant m’être trompé, je traduisis le titre à nouveau en prenant mon temps pour être sûr de ne commettre aucune erreur. Même résultat. Ce livre parlait-il bien de changer de réalité ? Des frissons m’envahirent le long du dos. Je n’arrivais pas à y croire. Il existerait plusieurs réalités ? Est-ce que mon rêve d’hier soir était lui aussi une réalité ? Et est-ce que je pouvais vraiment y aller afin de retrouver Marie et d’être heureux avec elle ? Ma tête était remplie de questions auxquelles je ne saurais trouver de réponses. Je secouais la tête, comme pour chasser toutes ces idées de mon crâne. Je ne devais pas réfléchir à ce genre de choses, ce livre n’était qu’une plaisanterie qui, aussi élaborée soit-elle, n’était pas de très bon goût. Je devais tout de même reconnaître que la personne à l’origine d’une telle blague s’était donné beaucoup de mal, et elle avait failli m’avoir. Mais je suis un homme de science et je devais rester pragmatique. Aussi, je me levai de mon bureau et sortis de la pièce. Il fallait se faire une raison : jamais je ne récupèrerais Marie, et aucun livre sur cette Terre ne pourrait y faire quoi que ce soit.

Toutefois… Ce livre ne venait peut-être pas de cette Terre ou du moins, pas de cette réalité. S’il y avait effectivement plusieurs réalités, peut-être pourrais-je changer de monde et me retrouver dans un endroit où Marie et moi étions heureux. Aussi absurde que cela puisse paraître, je repris place à mon bureau, bien décidé à étudier en détail ce livre qui m’avait tant retourné l’esprit et qui n’était sans doute rien d’autre qu’une bêtise. Mais je voyais le bon côté des choses : même si tout ce qui était écrit à l’intérieur était faux, cela serait l’occasion pour moi d’améliorer mon anglais.

Cours Forrest, cours !

Cours Forrest, cours !

You never know how strong you are until being strong is the only choice you have – Bob Marley

J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 10 ans. Enfin, je faisais principalement de la course : mettre un pied devant l’autre tout en étant plus rapide que les autres. Comme tout sport que l’on commence, je n’étais pas très performant. Quelques tours de terrain et j’étais déjà exténué. Et puis, à force de faire de m’entraîner encore et encore, mon corps s’est adapté jusqu’à effacer la fatigue et la douleur. Encore mieux, le temps qu’il me fallait pour faire un tour de terrain diminuait considérablement. Comme quoi à force de s’entraîner, on peut s’améliorer. Mais au bout d’un moment, je me sentais comme Charlie Chaplin dans “Les Temps modernes“, à répéter le même geste sans arrêt. Je ne pouvais pas continuer indéfiniment de courir autour du terrain d’athlétisme, j’avais besoin de changement. Je me suis donc inscrit à une première course de 5 kilomètres. Certes je continuais de courir, mais j’avais un but en tête : finir la course le plus vite possible tout en dépassant le maximum de personnes. Rapidement, je pris goût à cet esprit de compétition et continuai de m’inscrire dans plusieurs courses. J’ai grimpé jusqu’au 10 kilomètres avant d’arriver au semi-marathon : 21 kilomètres.

Aujourd’hui, je dois vous avouer que je cours beaucoup moins. Toutefois, je suis inscrit à une course de 10 kilomètres aujourd’hui, histoire de me dérouiller. Je la connais plutôt bien, car je l’ai déjà faite trois fois. Et justement, j’aimerai vous raconter l’une d’elles, qui représente un moment de ma vie dont je suis fier.

Forrest Gump running

J’avais maintenant l’habitude de faire des 10 kilomètres et mon record était de 48:30, temps dont je n’étais pas peu fier d’autant qu’il était sous la barre des 50 minutes, objectif minimum que je me fixais à chaque course. Et celle-ci n’échappait pas à la règle. Dès la ligne de départ, j’avais repéré le ballon des 50. En effet, dans certaines courses, un coureur porte un ballon d’une certaine couleur pour indiquer un temps précis. Ainsi, si je reste à ses côtés tout le long de la course, je suis sûr de faire un temps de 50 minutes. J’avais également aperçu dans la foule le ballon représentant 45 minutes qui était pour moi un temps des plus compliqués à atteindre. Je restais donc en retrait avec mon cher ami 50.

Là-Haut Carl Fredricksen

3…2…1… Top départ ! Tous les coureurs commencent à accélérer et gagner de l’avance. Pour ma part, je ne vais pas trop vite d’entrée de jeu afin d’avoir des réserves pour la fin. Cette course a pour particularité d’être composée de deux tours de 5 kilomètres chacun. Ma stratégie est d’y aller tranquillement le premier tour et d’ensuite accélérer jusqu’à la ligne d’arrivée. Avec ça en tête, je continuais ma course tranquillement.

Après quelques minutes, je décide d’accélérer légèrement la cadence et de dire au revoir à mon vieil ami des 50 minutes. Je pars donc devant lui de manière à rattraper quelques concurrents. Le premier tour se passe relativement bien, et j’ai l’impression d’avoir bien donné sans pour autant être trop fatigué. Je commence à entendre un bruit au loin qui me fait penser que je me rapproche du début. Cela veut dire que le premier tour sera bientôt bouclé et que je trouverai un stand de ravitaillement avec de l’eau et des oranges pour un bon coup de jus. Ma gorge commençait à se dessécher et j’étais impatient de pouvoir m’hydrater avant de repartir. Mais alors que j’arrivai au point de ravitaillement, j’aperçus au loin une forme et une couleur familière. C’était le ballon des 45 minutes. Comment était-ce possible ? J’avais été aussi rapide que ça ? C’était la première fois que j’étais aussi près de ce temps-là et je ne voulais pas manquer l’occasion de le rattraper. Mon verre d’eau pourra attendre, je ne voulais pas perdre du temps à m’arrêter pour boire. Je continuais alors ma course avec pour but de rattraper ce ballon qui me narguait de loin. Et au bout de quelques minutes, j’étais enfin à sa hauteur et au passage du septième kilomètre, j’étais désormais devant lui. Sous la barre des 45 minutes. Je n’y croyais pas vraiment. Mais rien n’était encore gagné. Il restait trois kilomètres et ce sont les plus difficiles. Ainsi, je m’accrochais tant bien que mal pour conserver mon avance. Mais au neuvième kilomètre, le ballon me doubla. Je commençais à désespérer, en me disant que je n’aurais jamais pu faire un temps aussi bas. Mes jambes hurlaient de douleur, ma gorge réclamait de l’eau et mon mental venait de prendre un coup à la vue de ce ballon qui s’éloignait peu à peu. Mon rythme commença à diminuer. C’était trop tard maintenant, j’avais essayé mais je n’étais pas à la hauteur. Jamais je ne pourrais briser cette barrière des 45 minutes, j’étais beaucoup trop faible pour y arriver.

Homme à l'arrêt
Au bord de l’abandon

Mon cerveau était rempli d’idées négatives alors que j’approchais de l’arrivée. Les panneaux indiquaient qu’il ne restait plus que 400 mètres et j’entendais déjà la foule qui applaudissait les coureurs. À ce moment-là, je ne saurais expliquer ce qui se passa à l’intérieur de moi. Je me suis dit que je ne devais pas baisser les bras. Même si j’avais mal, même si cela paraissait impossible, je ne devais pas abandonner. Combien d’autres occasions aurais-je d’être aussi près de ce temps ? C’était ma chance et je devais la saisir coûte que coûte. Je relevais la tête avec le ballon comme objectif et je démarrais alors mon sprint final.

Les muscles de mes jambes tiraient, mon estomac tournait dans tous les sens me donnant la nausée et ma respiration s’accélérait drastiquement, mais malgré ça je continuais d’avancer. Personne ne pouvait arrêter la rage qui était en moi. 300 mètres. Je balançais mes bras avec force afin de me pousser en avant et de gagner du terrain sur mon adversaire. Je le voyais se rapprocher peu à peu en même temps que les bruits de foule s’intensifiaient. 200 mètres. Je ne devais pas lâcher. Après tout ça, je ne devais pas lâcher. Je pensais à la fierté que j’aurai si je finissais devant ce maudit ballon et à mes regrets si jamais je ne parvenais pas à le doubler. Cela me donna encore plus de motivation et, alors que j’arrivais à 100 mètres de l’arrivée, j’étais de nouveau à sa hauteur. À cet instant précis, je me rappelle avoir souri nerveusement. J’étais heureux. Heureux de m’être montré que j’étais capable de battre ce temps. Heureux de voir que je n’avais pas baissé les bras. Avec le peu de force qu’il me restait, je continuais mon sprint vers la ligne d’arrivée pour la franchir en 44 minutes et 50 secondes. Mes jambes tremblaient et je manquais de peu de tomber à terre. J’avais beau avoir mal à la moitié des muscles de mon corps, j’étais euphorique de savoir que j’avais pulvérisé mon précédent record.

Antoine Delia en train de courir

Aujourd’hui encore, ce temps reste mon meilleur exploit sur un 10 kilomètres et j’en suis d’autant plus fier en sachant que j’ai tout donné pour y arriver. Alors la prochaine fois que vous songez àabandonner, ou que vous pensez que vous n’êtes pas capable d’atteindre un but, réfléchissez-y à deux fois. Vous serez étonné de voir ce que vous pouvez accomplir.