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Auteur : Antoine Delia

Strike

Strike

C’était un mercredi comme les autres. Nous devions nous retrouver entre amis pour aller visiter un bowling. Oui j’ai bien dit visiter et non pas jouer. Car le bowling où nous nous rendions avait été fermé depuis des années. Il ne restait plus que la carcasse du bâtiment où l’on pouvait encore entendre le bruit des quilles les nuits de pleine lune. C’est d’ailleurs à ce moment que nous avions décidé de nous y rendre. Armés de lampes torches, nous sommes partis explorer les mystères que renferment ce bowling désaffecté.

Attention, les textes et images qui vont suivre s’apparentent au paranormal.

Ils pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes.

Vous êtes prévenus.

Bowling Labège
Notre porte d’entrée. Jamais nous n’aurions prédit ce qui se trouvait derrière.

Nous voici donc à la recherche de nombreux trésors dans ce qui semble être l’endroit le plus terrifiant sur Terre. À peine entrons-nous à l’intérieur que nous savons à quoi nous attendre. L’endroit est froid, aucun éclairage, d’étranges tags sur tous les murs, une odeur nauséabonde. Tout nous disait de partir. Mais nous avons continué.

L’intérieur du Bowling

Nous voici maintenant au cœur du bâtiment. Il n’y a plus aucune piste de bowling ni même une quille pouvant servir de trophées. Nous devons donc continuer. Alors que nous avancions progressivement jusqu’à l’autre bout du terrain, un étrange bruit arriva à nos oreilles. Ça n’avait pas l’air humain. Nous décidons de nous armer de divers objets afin de nous en servir comme arme de défense. Personne ne sait ce qui peut nous tomber dessus à présent. Le bruit venait de l’étage au-dessus. Il nous a fallu du courage, mais nous avons finalement décidé de découvrir d’où venait ce son si spécial. Jamais nous n’aurions dû faire ça.

Premier étage

Le bruit était de plus en plus fort à chaque marche que nous montions. Alors que nous allions bientôt atteindre la dernière marche, le bruit était quasiment à côté de nous. Nous agrippions nos armes aussi fort que possible, prêts à frapper les premiers. Mon pied arriva enfin sur la dernière marche. Nous étions au premier étage. Et soudain, plus un bruit. La « chose » qui émettait ce son s’était tue. Le stress commença à nous gagner. Nous éclairions alors tous les recoins pour être sûrs de ne pas nous faire prendre par surprise. Soudain, un bruit sourd se fit entendre à l’autre bout du couloir. Bien décidé à découvrir le fin mot de l’histoire, nous ne perdons pas une minute et nous nous engouffrons dans ce couloir.

Quel est donc ce bruit ?

Nous aurions dû rebrousser chemin plus tôt si nous avions su ce qu’il en retournait. Alors que nous avancions la peur au ventre, le bruit du début commença à reprendre. Mais cette fois-ci, il était juste derrière nous. Et il se rapprochait. Bientôt, le bruit arriva juste à côté de moi. Trop effrayé pour me retourner, je sortis alors mon téléphone pour voir ce qui se trouvait derrière moi. Je vis alors un visage que je ne connaissais pas sortir de l’obscurité.

Un visage anormalement blanc me fixa, un tuyau en métal à la main. Il était décidé à nous tuer les uns après les autres. Aussitôt, nous avons couru aussi vite que possible pour échapper à cette étrange personne. Je pris ma lampe torche pour éclairer derrière moi et voir où il était par rapport à nous. Mais il avait disparu. Et le silence était revenu. Il n’y a rien de plus effrayant que la normalité là où elle ne devrait pas être. Nous décidons alors de nous rendre sur le toit afin de sortir d’ici. Il n’était pas question de revenir vers la porte d’entrée surtout avec un fou dangereux dans les parages. Nous trouvons alors une pièce avec une fenêtre qui semblait idéale pour grimper jusqu’au toit. Et c’est alors que nous retrouvions espoir que le bruit recommença en se rapprochant à une vitesse alarmante pour s’arrêter devant la porte de la pièce que nous avions pris soin de fermer auparavant. Le bruit se stoppa pendant un instant. Nous regardions la porte avec effroi. Toc-toc-toc. On frappa à la porte. Nous restions évidemment plantés près de la fenêtre. Un rire glaçant traversa alors la pièce. Il nous fit prendre conscience du danger et nous nous sommes alors précipités vers la fenêtre. Le rire s’arrêta quand ce fut mon tour de monter. J’entendis alors un gros bruit provenant de la porte. Il venait de l’enfoncer et me faisait maintenant face.

Rien ne l’arrête

Il se jeta sur moi avec un regard de tueur. Je montai alors au plus vite sur le toit, mais il avait réussi à m’attraper la jambe. Je me débattais, mais il n’y avait rien à faire. Mes amis me prirent alors par les bras pour me soulever et m’extirper des griffes de ce tueur. Alors que je pensais que tout était fini, ce dernier me lâcha volontairement. Alors que je reprenais mon souffle, je me penchai par-dessus le toit pour voir s’il était encore à la fenêtre. Évidemment, il avait disparu. Il fallait maintenant trouver une sortie au plus vite. J’aperçus au loin une gouttière que l’on pouvait utiliser pour se glisser jusqu’en bas du bâtiment. Alors que je venais d’énoncer cette idée, le bruit se fit de nouveau entendre. Il était là. Comment avait-il fait pour nous rejoindre aussi vite dans ce labyrinthe ? Il devait surement connaître le lieu. Mais comment ? Ma réflexion fut interrompue par un bruit dérangeant. On aurait dit du métal que l’on faisait ripper contre quelque chose. Et ce bruit était derrière moi une fois de plus. Je pensais alors que c’était l’un de mes amis qui faisait traîner un objet. Je leur ai demandé qui faisait ce bruit mais je n’eus aucune réponse en retour. Mes amis n’étaient plus là. Toutefois, le bruit ne s’était pas arrêté et il était maintenant tout près. Je découvris alors l’origine de celui-ci. Émergeant de la pénombre, c’était lui. Il faisait traîner son arme contre le sol. Elle était recouverte de sang. Elle était pourtant propre tout à l’heure. « C’est ton tour » dit-il alors avec une voix des plus macabres qu’il m’est était donné d’entendre.

Je ne pouvais plus réfléchir. Mon instinct de survie avait pris le dessus. Je courus de toutes mes forces jusqu’à l’angle du bâtiment où se trouvait la gouttière. Sans regarder derrière moi, je sautai en m’agrippant à elle. Dans ma précipitation, mes doigts glissèrent et je fis une chute de deux étages. Par chance, j’étais tombé dans un énorme buisson qui amortit tant bien que mal ma chute. J’avais maintenant la tête vers le ciel. Plus aucun signe de lui. C’était ma chance. Je m’enfuis alors de cet endroit démoniaque pour retourner à ma voiture. J’étais sauvé.


La route jusqu’à chez moi fut des plus pénibles. J’avais perdu mes amis ce soir-là et j’avais été terrifié, comme jamais je l’avais été. Il était déjà très tard lorsque je suis finalement arrivé. Juste le temps de me faire un thé et de me laver les dents et me voilà maintenant dans mon lit en essayant tant bien que mal de dormir après tous ces événements. Je décidai alors d’allumer ma lampe de chevet pour lire un livre afin de m’aider. La fatigue commença à arriver. Je posai mon livre et, alors que je m’apprêtais à éteindre la lampe, j’entendis un bruit bizarre sous mon lit. Ce n’était pas n’importe quel bruit. C’était le bruit. Je descendis alors lentement la tête de mon lit pour voir en dessous. Rien. Pas le signe d’un quelconque tueur à l’horizon. Je suppose que je devais entendre des bruits après tout ce qui s’est passé. Soulagé, je relevai la tête. Je me retrouve alors face à face avec lui. Il est là.

Hear what I hear

Hear what I hear

Music is a piece of art that goes in the ears straight to the heart – Unknown

La musique fait partie de notre quotidien. Si bien qu’il serait impossible aujourd’hui de passer une journée sans entendre une chanson. Que ce soit à la radio, à la télé, sur une vidéo, dans un jeu, la musique est partout. Et il y en a pour tous les goûts. Vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur la liste des genres musicaux présente sur Wikipédia pour vous rendre compte de ça.
Mais qu’est-ce qui fait qu’une musique est plaisante à écouter ? Pourquoi préférons-nous une chanson plutôt qu’une autre ? Il est impossible de répondre à ces questions car tous les goûts sont dans la nature et aucune explication scientifique ne peut nous éclaircir là-dessus. Toutefois, j’aimerai vous parler d’un artiste que j’ai découvert récemment et dont je suis devenu fan en quelques jours. Il s’agit de Porter Robinson. Vous avez peut-être déjà entendu « Shelter », un morceau qu’il a co-produit avec le français Madeon et qui a fait exploser la popularité de ces deux artistes.

Comme beaucoup j’ai adoré ce titre et ne connaissant pas Porter Robinson, j’ai décidé d’écouter son album « Worlds » pour me faire une idée. C’était le coup de foudre dès la première écoute. Son style peu commun m’a fait planer, comme si j’étais allongé sur un nuage. Sa musique me procure à chaque écoute, une floppée d’émotions dont je ne me lasse pas. Vous connaissez ça, quand vous écoutez une chanson tellement belle et tellement puissante au niveau des instruments et des paroles que vous en avez des frissons. Il suffit que je ferme les yeux pour me laisser transporter et me voilà parti dans un voyage musical exceptionnel.

frissons
Frissons garantis

Je ne pouvais pas m’arrêter en si bon chemin. Je me suis alors mis à écouter ses performances en live lors de divers festivals. Et je n’ai toujours pas compris comment Porter a réussi à produire un set encore plus fou que son album. Il mélange les chansons entre elles, créant ainsi une toute autre histoire, faisant passer une toute autre émotion à celui qui l’écoute. Je suis devenu accro à ses performances, si bien qu’il n’y a pas un jour sans que j’écoute une de ses musiques.

Cela fait maintenant plusieurs mois qu’il n’a pas sorti de nouveaux titres. Sa tournée avec Madeon lui a pris beaucoup de temps mais aux dernières nouvelles, il serait en train de finir tous les projets musicaux qu’il a commencé sans avoir pu les terminer. 2017 marquera peut-être son grand retour en tant que producteur…

Chocolatine (2/3)

Chocolatine (2/3)

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« Il vous faut aller dans la direction du métro et prendre la deuxième rue à gauche, vous verrez, vous ne pouvez pas le rater ! » Ces mots résonnaient dans la tête de Ralph. C’était la première fois qu’il mettait les pieds dehors depuis qu’il avait déménagé. Une autre vie dans une autre ville. Il en avait besoin. Il s’était mis sur son trente-et-un pour l’occasion : une chemise blanche avec les manches retroussées deux fois ni plus ni moins. Son pantalon bleu marine faisait contraste avec ses chaussures en daim beige, qu’il ne mettait que très rarement. Il marchait à une allure saccadée, due au mélange de détermination et de peur qu’il ressentait. Il avait amené avec lui son CV et sa lettre de motivation, ainsi que le journal où figurait l’offre d’emploi à laquelle il se rendait. Il s’agissait d’une banque près du centre-ville. Ralph se souvenait avoir vu les pubs à la télé : « À la BNO, votre argent va vous rapporter gros ! ». Il ne savait même pas ce que voulait dire BNO. Banque Nationale d’Occitanie ? Brevet de Natation en Outre-mer ? Bière Nature aux Olives ? Cela lui importait peu du moment qu’il décrochait ce travail. Il savait pertinemment qu’il serait mal payé et qu’il était surqualifié pour un tel poste. Mais c’est exactement ce qu’il voulait. Du changement.

« Vous ne pouvez pas le rater ! » Ralph avait suivi les instructions à la lettre. Le panneau « Arrêt de la coccinelle » montrait bien qu’il ne se trompait pas. Il avait finalement trouvé l’arrêt de bus qui le conduira à son entretien d’embauche. Il se voyait déjà attendre ici tous les matins pour aller travailler. Il y avait même une boulangerie juste en face. La vue de celle-ci réveilla le ventre de Ralph. Il faut dire qu’il n’avait pas eu l’idée de prendre son petit-déjeuner. Il regarda le tableau des horaires du bus. Trois minutes. Juste le temps de s’acheter un en-cas. Ni une ni deux, il traversa la rue et entra dans la boulangerie. Deux personnes attendaient déjà de se faire servir. Cela lui laissait le temps de parcourir les viennoiseries et pâtisseries qui donnaient toutes l’eau à bouche. « Et voilà Monsieur, une baguette pas trop cuite. Bonne journée ». Plus qu’une personne avant de pouvoir régaler son estomac. Il allait se laisser tenter par un éclair au chocolat et se voyait déjà n’en faire qu’une bouchée. Au même moment, Ralph entendit un crissement de pneu provenant de l’extérieur. Le bus venait d’arriver. Il savait qu’il ne pouvait pas se permettre d’arriver en retard à son rendez-vous. Il le voulait ce travail. Il en avait besoin. La gourmandise devra attendre. Usain Bolt aurait été jaloux du sprint que Ralph effectua pour se rendre à son bus. Il prit place à l’arrière et posa sa tête contre la vitre, observant la devanture de la boulangerie et s’imaginant toutes les bonnes petites choses qu’il aurait pu manger. La personne qui attendait devant lui venait de sortir tandis que le bus commençait à démarrer. Elle n’avait acheté qu’une viennoiserie. Une chocolatine.


« Vous savez où je pourrais trouver la boulangerie la plus proche ? » Le temps s’était comme arrêté lorsqu’elle finit de prononcer ces mots. Il ne voyait plus qu’elle. Il ne s’était pas trompé sur son sourire, et, l’observer d’aussi près lui procurait une étrange émotion. Comment vous décrire ça. Imaginez-vous un dimanche dans votre maison, en train de savourer un délicieux chocolat chaud alors que vous entendez le bruit de la pluie au-dehors. Vous sentez cet apaisement ? C’est exactement ce que Ralph ressentait à ce moment précis. Il était en paix. « Vous êtes sûr que ça va ? » Cette sérénité qui remplissait le corps de Ralph lui avait fait oublier la situation dans laquelle il se trouvait.

« Excusez-moi, j’étais perdu dans mes pensées.
– Ne vous en faites pas. Je vous demandais par hasard si vous connaissez une boulangerie près d’ici. Je me rends toujours là d’habitude et comme elle vient de fermer, je ne sais plus où aller ».

Il nous arrive parfois dans la vie de ne pas savoir ce que nous faisons. Nous ne contrôlons plus rien et nous prenons parfois les décisions les plus farfelues sans même penser aux conséquences. Parfois, notre conscience nous ramène à la raison et nous évite de nous retrouver dans des situations impossibles. La conscience de Ralph n’était pas présente à ce moment-là.

« Ne vous inquiétez pas, j’ai négocié avec la propriétaire pour pouvoir reprendre son commerce. Le temps de tout préparer, je serai ouvert pour la semaine prochaine ».

À peine eût-il fini sa phrase qu’il se rendit compte de l’ignominie que sa bouche venait de dire. Tenir une boulangerie ? Lui ? Il ne savait même pas comment faire du pain. Il ne savait d’ailleurs même pas si l’établissement était à vendre !

« Vraiment ? » dit-elle, esquissant un large sourire. Non, criait Ralph. Mais il n’arrivait plus à parler. « Alors nous allons nous revoir, je viens ici tous les matins pour le petit-déjeuner. Attention, j’espère que ce sera bon ! Oh mince, je vais être en retard ! Désolée, mais je dois filer. On se voit la semaine prochaine ! » Elle avait l’air aussi ravi que Ralph était dépité. En la voyant s’éloigner, il ne put s’empêcher de repenser à ce qu’il venait de dire. Jamais il n’arriverait à faire vivre ce commerce. Qu’allait-il faire maintenant ? Pourquoi pas lui dire que c’était une blague ? Ou bien déménager à nouveau, dans un autre pays cette fois ? « Mais enfin qu’est-ce que je raconte » pensa Ralph à haute voix. Il avait trouvé ce qu’il allait faire. Rien. Après tout, il se fichait bien de ce qu’il avait dit. Cette fille n’aura qu’à aller dans une autre boulangerie pour commander une chocolatine, à exactement huit heures du matin, du lundi au vendredi. Et il ne la verrait plus…

« Oh, excusez-moi, j’ai oublié de me présenter ». Ralph releva les yeux et s’aperçut qu’elle était revenue vers lui. « Je m’appelle Émilie ». En prononçant ces mots, elle arborait le plus beau sourire de tout le quartier. Peut-être même de toute la ville. « Ralph. Enchanté ». Elle sourit de nouveau. « Eh bien, Ralph, il me tarde de venir dans ta boulangerie. À plus tard ! » Et elle le laissa là.

Il savait bien qu’elle ne pourrait jamais goûter à ses produits, puisqu’il n’avait pas racheté la boulangerie. Et même si tel était le cas, il ne connaissait rien du métier de boulanger. Ce serait du suicide que de se lancer là-dedans. Autant abandonner.



« Non. Ce n’est pas comme ça que je dois voir les choses ». Ralph médita plusieurs instants sur le trottoir faisant face à son arrêt de bus. « Après tout, pourquoi pas essayer ? » se dit Ralph. « Moi qui voulais du changement, avec ça je ne serai pas déçu ». Au fond de lui, il savait qu’il s’embarquait dans quelque chose qu’il ne pouvait pas contrôler. Mais il était comme ça. Il prit note du numéro de téléphone inscrit sur la devanture et appela aussitôt. La patronne s’étonna de l’engouement de Ralph pour sa boulangerie et lui proposa même des cours pour qu’il puisse apprendre le métier. Il appela aussi la banque pour leur signaler sa démission. C’était une nouvelle page qui se tournait pour lui. Il y avait beaucoup de chances pour que cela soit un échec lamentable, qu’il perde tout son argent et qu’il se retrouve à la rue, sans travail. Mais dans sa tête, cela ne lui importait plus. Car il savait que même si cela devait arriver, il pourrait la revoir au moins une fois de plus. Émilie. Chocolatine.

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