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Mois : février 2018

Cupidon

Cupidon

On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux – Antoine de Saint-Exupéry

Ah. L’amour. Il n’y a peut-être aucun sentiment de plus fort que lui. Vous savez, cette émotion qui vous pousserez à faire n’importe quoi pour une autre personne, en dépit de ce qui pourrait vous arriver. Cet instinct qui est le seul capable de vous faire réfléchir, non pas avec votre cerveau, toujours rationnel, mais avec votre cœur qui fait fi de la logique et qui n’agit que par passion. Ce sentiment représente quelque chose de beau, de pur, de magique même. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Sommes-nous toujours à la recherche de cet amour pur ? C’est ce que l’on va voir aujourd’hui dans cet article !

Antoine Delia le cupidon

Si cette recherche de l’amour est une quête universelle, elle n’en reste pas moins difficile et notamment de nos jours. En effet, selon une enquête du CREDOC pour la fondation de France réalisée en 2017, 6% des jeunes âgés de 15 à 30 ans seraient en situation d’isolement (à différencier du sentiment de solitude qui n’est lui que subjectif et non quantifiable). Pour déterminer ce nombre, le CREDOC s’est appuyé sur différents réseaux de sociabilité (professionnel, scolaire, associatif, de voisinage, familial et amical). Il a été observé que 6% des jeunes n’avaient aucun réseau de sociabilité et que 12% n’en possédaient qu’un seul. Si on combine ces deux nombres, on atteint presque les 20% soit 1 personne sur 5 ce qui est considérable quand on sait que des situations d’isolement mènent souvent à des dépressions voire à des suicides.

Mais revenons strictement sur le côté sentimental et romantique. Là non plus les chiffres ne sont pas optimistes : selon un rapport de l’Acxiom en 2012, les célibataires représentent 40,6% de l’ensemble des foyers français. L’étude explique par ailleurs que l’on peut dégager 4 principaux types de célibataires :

  • les Eco-Single (jeunes de 18 à 24 ans qui s’investissent en premier dans leur logement avant de faire leur nid)
  • les City Singles (les 35-49 ans vivant dans un parfait équilibre entre travail et loisirs profitant de leur liberté)
  • les Classic Solos (entre 50 et 64 ans, population de gens plutôt centrés sur eux-mêmes mais sans enfermement)
  • les Papy et Mamy Tonic (les 65 ans et plus qui sont principalement veufs ou veuves mais restent cependant épanouis)

En ce qui concerne les jeunes, 7% d’entre eux sont dans une situation de célibat. On pourrait alors se demander comment ils pourraient faire pour se sortir de cette situation et trouver l’amour, le vrai. Mais est-ce vraiment ce qu’ils recherchent ?

Il n’y a pas si longtemps, le seul moyen de rencontrer des gens était tout simplement de sortir et de parler, concept aujourd’hui révolu avec l’apparition des nouvelles technologies qui nous permettent de communiquer avec d’autres individus sans pour autant les voir ou leur parler de vive voix. De nos jours, vous avez une multitude de sites et applications de rencontres qui pullulent sur internet, vous promettant de trouver la perle rare en peu de temps. Le nombre de sites différents montre bien que l’amour fait vendre et que c’est un sentiment que les gens recherchent à tout prix (même pour 30€ par mois), et ce n’est pas le flot d’émissions télé qui prouvera le contraire (l’amour est dans le pré, les princes de l’amour pour ne citer qu’eux). Il faut reconnaître que ce genre de sites est assez pratique : un petit like sur une personne et vous pouvez lui parler via votre écran, enlevant ainsi toute la nervosité et l’appréhension d’une rencontre réelle. Cela peut paraître efficace après tout, et si cela aide les gens à trouver l’amour, pourquoi pas ? Eh bien, quand on regarde de plus près, tout n’est pas si rose qu’il n’y paraît. Prenez Tinder par exemple, l’application de rencontres la plus populaire. Selon une étude du Global Web Index, il se trouve que 42% des utilisateurs (hommes ou femmes) seraient déjà dans une relation sérieuse. Alors pourquoi donc utiliser une telle application si vous fréquentez déjà quelqu’un ? Cela revient encore à notre société qui favorise la quantité sur la qualité. Il faut avoir toujours plus d’argent, toujours plus de vêtements, toujours plus d’amis et inévitablement toujours plus de conquêtes. Pour finir avec tous ces chiffres, je vous invite à jeter un œil sur le rapport Ipsos traitant de l’amour chez les français qui contient des statistiques très intéressantes.

Un autre point intéressant est l’évolution de l’amour dans l’art au fil du temps. Prenons la musique par exemple avec le titre de Jacques Brel “Ne me quitte pas“. Dans cette chanson, le chanteur souhaite offrir à sa muse “des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas” pour qu’elle reste à ses côtés. On voit bien ici toute la passion qu’il éprouve pour cette femme et qu’il serait prêt à tout pour la garder, même si cela est impossible.
Écoutons maintenant les paroles d’un artiste français qui a connu une ascension artistique fulgurante ces dernières années : Maître Gims. Dans une de ses chansons les plus connues, “Bella“, il décrit une femme si belle qu’il “aimerai[t] devenir la chaise sur laquelle elle s’assoit”. Nous pouvons clairement voir ici que le poète Gims souhaiterait se tenir tout près de cette femme au point de se transformer en chaise. Il pourrait ainsi l’aider à s’asseoir confortablement en toute circonstance. Il y a probablement une autre signification à ces paroles, mais je ne m’y aventurerais pas.
Je suis un peu mauvaise langue dans cette analyse en choisissant les paroles qui me conviennent le mieux pour prouver mon point, toutefois, on ne retrouve aujourd’hui que très rarement des textes d’une beauté comparable à ce qui se faisait auparavant.

Parlons d’art toujours avec la poésie, moyen efficace de transmettre des émotions mais qui a malheureusement cessé d’exister il y a bien longtemps. Dans le cadre de cet article, j’ai décidé de me mettre à l’écriture d’un poème pour essayer de remettre au goût du jour cette forme d’expression d’une beauté sans pareille. Je me suis basé sur un sonnet (forme de poésie que j’adore particulièrement) pour l’écrire afin d’avoir quelques repères. En effet, les sonnets ont un code bien précis évitant de me perdre dans l’écriture : il y a quatorze vers composés de deux quatrains et deux tercets. De plus, les vers doivent rimer selon un schéma défini (pour ma part, j’ai choisi le sonnet de type Peletier “ABBA ABBA CCD EDE”). Pour rajouter une petite difficulté, je me suis imposé des vers en alexandrins.
Ce poème traitant de l’amour n’a pas de nom. De plus, ceci est la première fois que je me livre à ce genre d’exercice, l’exécution risque d’être quelque peu maladroite avec un vocabulaire peu riche. J’espère toutefois que vous apprécierez ce court poème et je vous souhaite plein d’amour pour cette St-Valentin ! ❤

Allongé sous un arbre, le soleil sur ma peau
Je regarde les nuages, tournoyant dans le ciel
Soudain comme un mirage, je vois une demoiselle
Quelques miettes à la main, nourrissant les oiseaux

Elle avait sur la tête, un élégant chapeau
Couvrant son doux visage, des rayons du soleil
Même avec un orage, toujours une merveille
Que j’observais encore, ne pouvant dire un mot

Tout au fond de mon corps, je ressentais mon cœur
Battant plus en plus fort, enivré de chaleur
Ne pouvant résister, à pareille beauté

Je serais prêt à tout, même à vendre mon âme
T’offrant monts et merveilles, je serais à tes pieds
Pour qu’un jour tu deviennes, ma chère et tendre femme

– Antoine Delia

I have a dream (6/8)

I have a dream (6/8)

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La neige s’était arrêtée de tomber.

Marie observait la rue du haut de son appartement. Elle logeait dans un immeuble de près de huit étages et habitait tout en haut. Elle l’avait choisi car elle adorait prendre de la hauteur pour contempler le paysage. Lors de sa première journée en tant que propriétaire, elle avait passé des heures à regarder au-dehors et à s’émerveiller sur la beauté du paysage. Quand elle était plus jeune et qu’elle n’était pas le moulin à paroles d’aujourd’hui, elle adorait se perdre dans la nature avec un carnet et un crayon et dessiner tout ce qu’elle trouvait beau. Cela pouvait allait d’un animal mignon comme le chat des voisins de ses parents à quelque chose de totalement banal comme une simple boîte aux lettres. Il n’y avait pas de règles dans ce qu’elle dessinait sauf un point crucial : elle devait trouver cela beau.

Mais aujourd’hui, même après avoir cherché tant bien que mal à travers la vitre de son appartement quelque chose de plaisant à regarder, tout lui semblait fade et sans vie. Même le vieil homme qui venait de glisser sur une plaque de verglas pour retomber sur les fesses ne l’avait pas fait rire. C’était d’autant plus hilarant que sa compagne riait à gorge déployée à côté de lui et ne l’aidait même pas à se relever. On pouvait entendre le vieux monsieur se plaindre et crier à sa femme que ce n’était absolument pas drôle. La Marie d’autrefois aurait surement pouffé de rire devant un tel spectacle et aurait même ouvert la fenêtre pour rigoler de bon cœur avec la conjointe du pauvre homme. Mais en ce moment, rien ne pouvait la faire rire, elle qui avait pourtant toujours un sourire sur les lèvres. Elle était même d’humeur triste comme en témoignaient ses yeux rouges marqués par la fatigue et les pleurs.

La sonnette de sa porte retentit et la fit sursauter. Elle reprit ses esprits et se dirigea dans la direction de la porte. Elle posa sa main sur les clés qui étaient restées sur la serrure depuis plusieurs jours. Au moment de tourner son poignet vers la droite et de la déverrouiller, elle se stoppa net. Son cerveau fonctionnait à trois mille à l’heure et elle n’arrêtait pas de réfléchir. Elle se posait toujours dix millions de questions, constamment à réfléchir sur ce qu’elle devait faire. Cela était en partie dû à son manque de sommeil qui la rendait constamment nerveuse. Et encore là, alors qu’elle allait ouvrir la porte, elle se demandait si c’était la meilleure marche à suivre. Son regard se perdait sur cette poignée. Elle resta encore quelques secondes immobile et décida finalement d’ouvrir la porte pour tomber nez à nez devant Sam.


« Hey Thomas ! Alors on répond pas au téléphone ? Je voulais faire un bowling ce soir avec toi et en profiter pour te présenter une nana du boulot, je suis sûr qu’elle te plairait ! Bref, rappelle-moi dès que tu peux, bye. »

Au fond de lui, Sam espérait vraiment que Thomas décroche pour qu’ils puissent passer une soirée ensemble, s’éclater à faire des strikes et éventuellement changer les idées de Thomas en lui faisant rencontrer d’autres personnes. Il n’avait rien contre Marie, loin de là. Il l’avait déjà rencontré plusieurs fois et vu comment elle se comportait quand Thomas était là, elle l’aimait, ça ne faisait aucun doute. Mais elle lui avait aussi brisé le cœur ce fameux vendredi, et pour ça, Sam lui en voulait énormément. Elle avait fait de son meilleur ami un zombie sans aucun désir ni motivation. Même lui n’arrivait plus à le faire rire malgré ses tentatives que certains pourraient appeler artistiques.

Son téléphone n’avait pas vibré. Aucun message de Thomas. Sam commença à avoir peur que son ami fasse une énorme bêtise. Même si Thomas n’était pas du genre suicidaire, personne ne sait ce qu’une rupture amoureuse peut vous provoquer. Et vu l’amour qu’il portait à Marie, cela le laissait encore plus anxieux. Ses pensées furent vite dissipées par une vibration venant de sa poche. Il dégaina son téléphone plus vite que son ombre en espérant voir le nom de son meilleur ami affiché en gros sur l’écran lumineux. Malheureusement, la personne responsable de cet espoir était Sabrina, la collègue de Sam, qui devait les rejoindre pour le bowling de ce soir. Sam laissa échapper un soupir mêlant déception et regret. Bien qu’il avait dit à Thomas que cette fille pouvait lui plaire, il en pensait son exact contraire et détestait cette prétentieuse et arrogante femme qui lui servait de collègue.

Elle avait le pire caractère de la planète, capable de vous rendre dingue en moins de trois minutes ! Et malgré tout, elle était toujours entourée d’une multitude d’amis et était capable de se trouver un nouveau petit copain en moins de deux heures. Elle n’était pas une sorcière qui lançait des sorts à des gens pour se faire aimer, même si Sam avait cru à cela au début. Son seul véritable tour de magie pour exceller socialement était d’être incroyablement belle. Cela paraît stupide, mais ce simple atout lui ouvrait toutes les portes du monde. Ses collègues de travail se montraient souriants et attentifs lorsqu’elle racontait qu’elle avait acheté un nouveau pull pour son chihuahua Croquette, qu’elle considérait presque comme son fils. Les hommes lui achetaient bijou sur bijou, tout en l’invitant dans les restaurants les plus prestigieux de la ville. Ils l’écoutaient parler pendant des heures sur sa vie plus que banale en espérant uniquement en retour un quelconque signe d’amour ou d’affection. Tous ces gens, hommes ou femmes, ne supportaient pas cette dinde qui ramenait tout à elle sans arrêt, mais l’idée d’apparaître aux côtés d’une fille au look de mannequin faisait barrage sur tout le reste.

Ce caractère était à l’opposé de ce que cherchait Thomas, cependant, c’était la seule personne de disponible pour ce soir, et il fallait bien un appât pour le sortir de sa grotte.

« Sam à l’appareil.
— Coucou mon samounet ! » Sam détestait qu’elle l’appelle comme ça. « Alors t’es prêt pour te prendre la raclée de ta vie ? T’es au courant au moins que j’ai déjà fait un score parfait de 300 points ?
— C’était sur Wii Sports, Sabrina.
— Pff… Sois pas jaloux comme ça, c’est la marque des faibles ! »

Cela faisait seulement trente secondes qu’il avait décroché, et déjà Sam n’en pouvait plus de l’écouter parler.

« Écoute Sabrina, je vais devoir annuler pour ce soir.
— Comment ça annuler ? T’as aussi peur que ça ? T’es vraiment pathétique !
— C’est exactement ça, t’es beaucoup trop forte pour moi que j’en ai les mains qui tremblent ! Bon allez je te laisse.
— Quel gros nul ! Il me tarde demain que je raconte ça au bureau, tu vas te taper la honte de ta vie ! » et elle échappa un rire moqueur que toutes les personnes désagréables possèdent.

« Ça leur fera plaisir ! Pour une fois, ils n’auront pas à entendre la vie de ton stupide chien.
— IL S’APPELLE CROQUETTE !!! » et elle lui raccrocha au nez.

Une fois débarrassé de cette psychopathe, Sam savait ce qu’il devait faire. Il composa plusieurs touches sur son téléphone et porta celui-ci près de son oreille en espérant entendre autre chose qu’une tonalité, chose que Thomas l’avait habitué à écouter. Heureusement pour lui, la personne à l’autre bout du fil répondit très rapidement.

« Allô Marie, c’est Sam. Il faut qu’on parle, tu es libre demain ? »


Marie et Sam se regardaient droit dans les yeux, immobiles. Ils n’avaient pas l’habitude de se retrouver seuls sans une tierce personne pour les connecter, et aucun d’eux ne savait comment entamer la conversation.

« Tu voulais me voir ? » demanda Marie, avec un air timide que personne ne lui connaissait. Sam acquiesça et elle lui fit signe d’entrer. C’était la première fois qu’il entrait dans son appartement et la première chose qui lui sauta aux yeux était le désordre qui régnait dans toute la pièce. Des vêtements trainaient en vrac sur le canapé, des paquets de gâteaux se battaient sur la table à manger et l’évier était rempli à ras bord d’une vaisselle qui paraissait tellement sale que la meilleure solution serait de les jeter. Cette vision du rangement était à l’opposé de l’idée qu’il s’était faite de cette fille que Thomas présentait toujours comme étant très ordonnée. Son regard se portait maintenant sur Marie qui adoptait une attitude fermée, les bras croisés et le regard fuyant.

« Bon… Maintenant que tu es là, vas-y je t’écoute.
— Est-ce que tu l’aimes ? »
Marie avait soudainement changé de posture et ses yeux bleus se portaient désormais sur lui. Au vu de sa réaction, Sam voyait bien que cette histoire avec Thomas avait quelque chose d’étrange. Tout indiquait qu’elle l’aimait encore, alors pourquoi diable n’avait-elle pas voulu l’épouser ?

« Si tu l’aimes vraiment, pourquoi tu te montres si distante avec lui ?
— C’est compliqué Sam. Évidemment que je l’aime, ce mec a complètement changé ma vie ! Je ne fais plus rien sans penser à lui et depuis qu’on ne se voit plus, je n’arrive pas à trouver le sommeil et je n’ai plus d’appétit.
— Mais bordel qu’est-ce qui t’empêche d’aller le voir et de le lui dire ? Il n’attend que ça ! »

Marie ne disait plus rien mais son attitude était toujours des plus étranges. Elle continuait de bouger ses bras dans tous les sens, sans vraiment savoir quelle posture adopter. Sam commençait à comprendre. Si elle ne voulait pas retourner avec Thomas, il ne pouvait s’agir que d’une chose.

« Putain de merde, tu l’as trompé !
— Quoi ?!
— C’est pour ça que tu es si distante ! Tu as couché avec un autre gars et maintenant tu ne peux plus te regarder en face !
— Sam, écoute…
— Sans déconner Marie, comment tu peux lui faire ça ?
— Non, je…
— Il est pas assez bien pour toi ou quoi ? Tu le trompes et tu le fais balader pendant tout ce temps. Il t’aime plus que tout et toi tu vas te sauter le premier venu !
— Je suis enceinte, Sam. »

Cette dernière phrase stoppa Sam dans son élan, le laissant totalement muet et confus. Il regarda Marie qui avait désormais ses mains posées sur son ventre. Les pièces du puzzle commençaient à s’imbriquer dans la tête de Sam qui avait jusque-là emprunté une tout autre route.

« Je crois que je devrais m’excuser.
— Non, c’est bon, je comprends. Je n’ai pas été très futée non plus. J’étais aux anges avec Thomas, il m’apportait tout ce dont j’avais toujours rêvé. Mais un enfant… Je ne me suis pas sentie prête pour ça et je ne savais pas comment lui annoncer. J’ai préféré garder ça pour moi au début, pensant que le moment se présenterait de lui-même. Mais quand il s’est accroupi ce vendredi-là et qu’il m’a fait sa demande, j’ai complètement flippé et je me suis enfuie. »

La suite de l’histoire, Sam la connaissait. Thomas ne pouvait pas comprendre ce qu’il se passait et a commencé à déprimer. Tout comme Marie. Et tous deux avaient eu peur de contacter l’autre et d’aggraver la situation. Quelle histoire…

« J’arrive à mieux cerner la situation maintenant. Mais Marie, tu ne peux pas le laisser comme ça ! Et toi non plus d’ailleurs, tu ne vas pas déprimer et rester enfermée dans ton appartement en lui cachant la vérité pour toujours. Tu dois aller le voir et lui parler. »

Marie avait les larmes aux yeux. Elle se rendait bien compte qu’elle avait fait du mal à la personne qu’elle aimait plus que tout et elle s’en voulait pour ça. Sam avait raison, elle devait lui rendre visite et tout lui dire. Il méritait d’entendre la vérité. Son regard se porta sur Sam et elle arbora un sourire timide, comme pour le remercier d’être venu la voir.

Sam sentit son téléphone vibrer au fond de sa poche droite et se demandait si le sortir à cet instant était vraiment convenu. Cela devait probablement être cette folle qui allait l’ennuyer avec ses histoires de chien. Il se décida finalement à prendre en main son téléphone et vit le nom de Thomas apparaître sur l’écran. Il ne s’attendait définitivement pas à ça et décrocha. La voix de son interlocuteur indiquait que celui-ci n’allait pas bien et qu’il était au plus profond d’une phase de déprime que seule une rupture de relation amoureuse peut produire. Il lui demandait s’il était disponible pour se voir. Sam porta son regard sur Marie et lui répondit « Euh… Je peux pas là, je suis occupé ». Son intonation l’avait quelque peu trahi et Thomas se demandait maintenant ce qu’il se passait pour qu’il lui réponde de la sorte. Marie fixa Sam et l’interrogea « C’est lui ? » Elle fut en mesure d’entendre la réponse de Thomas à travers le combiné tant sa voix était forte. Sam lui fit signe de ne plus parler et raccrocha en disant à son ami qu’il valait mieux qu’ils se contactent plus tard.

« C’était Thomas comme tu t’en es doutée. Je crois qu’il n’a pas apprécié de t’entendre avec moi. Il vaudrait mieux que tu te dépêches d’aller le rejoindre. »

Marie n’osa pas bouger. Entendre la voix de la personne qu’elle aimait lui avait fait comme un choc. Elle n’avait pas imaginé que son acte allait provoquer une telle réaction de colère et de tristesse de la part de son amoureux. Elle réalisa la stupidité de son acte et voulait désormais réparer les dégâts qu’elle avait causés, et la venue de Sam ne faisait que renforcer sa volonté. Elle lança un regard à ce dernier pour lui faire comprendre qu’elle avait compris son erreur et qu’elle allait de ce pas changer cette situation plus que folle. Elle se dirigea dans sa salle de bain pour rapidement voir si elle était présentable et en profita pour rapidement mettre en forme ses cheveux – elle n’allait tout de même pas retrouver l’amour de sa vie en étant mal coiffée – attrapa son sac à main et retourna devant Sam.

« Est-ce que ça ira si je me présente comme ça ? demanda-t-elle, hésitante.
— Peu importe comment tu es habillée, coiffée ou maquillée. Thomas sera heureux de te revoir.
— Et qu’est-ce que je lui dis ?
— La vérité.
— Tu as raison » dit-elle en hochant la tête comme pour se convaincre de le faire. Malgré sa détermination, on pouvait déceler une pointe de stress l’envahir. « Tu viens avec moi ? Pour tout te dire, j’ai quand même un peu peur que cela tourne mal. Après tout, ça fait un moment qu’on ne s’est pas vu et réapparaître comme par magie devant lui va surement lui faire un choc !
— Ça c’est sûr, mais je suis persuadé que cela lui fera le plus grand bien et qu’il te pardonnera instantanément. Tu n’as pas besoin de moi pour reconquérir son cœur. »

Elle esquissa un sourire et embrassa Sam sur la joue qui se mit aussitôt à rougir provoquant un petit rire chez Marie. Elle avait enfin retrouvé sa bonne humeur et ses yeux paraissaient plus bleus que jamais. Toute la pression qu’elle portait en elle s’évapora en un instant et elle était plus que prête pour affronter Thomas. Elle raccompagna Sam en bas de son immeuble et le remercia encore une fois d’être venu lui parler et de l’avoir convaincu de passer à l’action.


Sam regarda Marie monter dans une voiture qui au premier abord n’avait pas l’air d’être en état de rouler. La rouille prenait place au côté d’une couleur bleu acier qui aurait pu lui donner un style vintage s’il n’y avait pas eu des dizaines de bosses et de rayures pour l’accompagner. Il entendit le moteur qui essayait tant bien que mal de se lancer et après quelques essais infructueux, parvint enfin à démarrer. Le véhicule se déplaça en émettant des bruits peu rassurants quant au bon fonctionnement de celui-ci. Sam regardait la voiture s’en aller au loin et, lorsque celle-ci était hors de sa vue, il monta à son tour dans son bolide qui n’avait rien à voir avec le tas de ferraille qu’il venait de voir partir. En ce qui concerne les voitures, Sam s’y connaissait aussi bien que Sabrina en accessoires pour chiens. Et le modèle dans lequel il s’installa n’était rien d’autre qu’une Jaguar F-Type Coupé Caldera Red, modèle qu’il avait reluqué des semaines et des semaines avant de finalement décider à se l’offrir. Il alluma le moteur qui démarra du premier coup et se dirigea vers la sortie. Il actionna son clignotant gauche pour se rendre chez lui et lorsqu’il atteignit l’intersection, s’arrêta pour vérifier s’il n’y avait pas d’autres voitures en approche. En regardant à sa droite, il reconnut immédiatement la voiture de Marie, toujours recouverte de bosses, qui s’en allait chez Thomas. Il resta alors planté à son intersection avec le bruit du clignotant qui continuait d’émettre sa mélodie et qui rythmait les pensées de Sam. Il finit par actionner le clignotant dans l’autre sens et s’engagea sur la route.