I have a dream (4/8)

I have a dream (4/8)

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Et moi qui pensais que ce livre me serait d’une quelconque manière utile… Sa traduction a été longue, mais sans encombre, si bien que j’avais terminé le soir même. Une fois tout écrit, je relisais ce que je venais de marquer afin de voir ce qu’il me réservait. Plus j’avançais dans sa lecture et plus je trouvais cela ridicule.

Le livre se divisait en deux parties. Il traitait d’abord le sujet des rêves lucides, c’est-à-dire la capacité d’être conscient lors d’un rêve, comme dans le film Inception. Il expliquait en détail les différentes techniques pour arriver à un tel stade et les astuces pour rester dans ce rêve le plus longtemps possible. Cela semblait plutôt intéressant. Après tout, qui n’a jamais voulu rester dans son propre rêve tant celui-ci était parfait. Cela m’était justement arrivé hier soir. Bien que je donnerai tout pour être avec Marie, je n’avais pas envie de vivre avec elle uniquement dans un songe. Mon amour était réel et je voulais que notre histoire le soit aussi.

La deuxième partie était aussi intéressante qu’intrigante. Les rêves seraient en réalité notre perception d’un univers parallèle dans lequel nous existons. Ce qui voulait dire que mon rêve d’hier soir était en fait une vision d’un autre moi vivant une autre vie. Selon le livre, il y aurait un nombre infini d’univers et donc des possibilités tout aussi gigantesques. Et il y aurait apparemment un moyen de passer d’une réalité à une autre, toutefois, le prix à payer pour un tel choix était lourd de conséquences. Un tel échange ne pouvait être réalisé qu’une seule fois, il fallait donc faire attention à ne pas tomber sur une mauvaise réalité. Tout d’abord, l’individu doit s’endormir et faire un rêve lucide en s’aidant des conseils notés dans les pages précédentes. Il faut s’assurer ensuite d’être dans un rêve correspondant à la bonne réalité. Si ce n’est pas le cas, recommencer jusqu’à ce que cela marche. Pour pouvoir rester définitivement dans ce nouveau monde, il faut réaliser une chose qui est d’habitude impossible dans les rêves : mourir. Une fois cela fait, l’individu se réveillera dans son nouveau monde avec ses souvenirs d’avant.

Il y a donc un moyen pour moi de changer de monde pour me retrouver dans celui où Marie m’épouse et où notre histoire finit bien. Cependant, l’idée de mourir, même si cela devait se réaliser dans un rêve, me donnait la chair de poule, et il fallait encore être sûr que ce qui était raconté dans ce livre était la vérité. Pour l’heure, je n’avais pas envie de tenter une telle expérience même si l’idée de la retrouver m’obsédait. Je fermais mon livre et décidais d’aller me faire quelque chose à manger avant d’aller me coucher. Après tout, je n’avais rien avalé de la journée et j’étais maintenant affamé. Je me dirigeais vers la cuisine et ouvrais mon frigo. Il était aussi vide que mon estomac. Je restais debout, faisant face à cette lumière blanche qui se posait sur moi avant de me décider à faire du riz. J’allumais la plaque et posais la casserole remplie d’eau dessus. En attendant que celle-ci chauffe, je m’asseyais sur le canapé de mon salon pour consulter mon téléphone que j’avais laissé de côté en rentrant. Un appel manqué et un message vocal sur mon répondeur. Je composais le numéro pour avoir accès à ma messagerie et voir qui m’avait appelé.

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« Hey Thomas ! Alors on répond pas au téléphone ? Je voulais faire un bowling ce soir avec toi et en profiter pour te présenter une nana du boulot, je suis sûr qu’elle te plairait ! Bref, rappelle-moi dès que tu peux, bye. »

C’était Sam. J’étais content de voir qu’il voulait encore me faire sortir et le choix du bowling ne m’étonnait pas. Il savait que j’adorais ça, même si je ne suis vraiment pas un pro des strikes. Et il essayait déjà de me présenter d’autres filles. Son geste était honorable, mais je n’avais qu’une seule fille en tête et il n’y avait actuellement pas de place pour une deuxième. J’entendis le ronronnement de l’eau qui commençait à bouillir et me dépêchai de mettre le riz à l’intérieur. Une fois cuit, je le mis dans une assiette et l’engloutis en trois coups de fourchette. En plus d’avoir faim, j’étais aussi exténué de par ma soirée d’hier et de ma journée qui n’était pas des plus reposantes. Je filais à la salle de bain me brosser les dents avant de me jeter dans mon lit douillet en me demandant si j’allais faire un rêve cette nuit aussi.


Une fois de plus, un bruit sourd me réveilla. J’appuyais sur la touche STOP de mon réveil, mais le bruit ne s’était pas arrêté. Puis, d’un coup, plus rien. Étais-je encore en train de rêver ? Je sortis du lit et me dirigeai vers la salle de bain pour prendre une douche, pensant que ce serait le meilleur moyen de savoir si j’étais bel et bien éveillé. Je restais longtemps sous la douche à réfléchir à ces derniers jours. Marie qui me laissait seul dans ce parc ; Sam qui essayait de me faire passer à autre chose ; mes parents qui s’inquiétaient pour moi ; et moi qui voulais à tout prix retrouver la fille que j’aime. Je ne lui avais même pas parlé depuis ce jour-là. Je devrais surement aller la voir et discuter avec elle, comprendre ce qui n’allait pas. Mais j’avais peur. Peur de voir la réalité en face. Notre histoire était comme un livre dont je ne voulais pas tourner les pages de crainte de tomber sur la dernière. Tant que je restais ici à ne rien faire, j’avais encore un espoir que ce ne soit pas fini. Mais j’étais désormais seul à lire ce livre. Marie avait probablement terminé sa lecture avant de le ranger dans sa bibliothèque. Peut-être même, avait-elle entamé la lecture d’un tout nouveau livre, encore mieux écrit que le précédent. Il fallait sans doute que moi aussi je tourne la page.

Je sortis de la salle de bain à la recherche de mon téléphone portable. Je devais à tout prix appeler quelqu’un. Une fois en main, je cherchais dans mes contacts la bonne personne, celle qui pourrait m’aider à terminer tout ça une bonne fois pour toutes.
Une tonalité.
Je tournais en rond dans mon appartement en attendant impatiemment que mon interlocuteur réponde.
Deux tonalités.
Le livre que j’avais emprunté à la bibliothèque était encore posé sur mon bureau. Je repensais à ce qu’il y avait marqué dessus même si cela me paraissait insensé.
Trois tonalités.
Mon corps commençait à trembler, sans savoir si j’étais plus terrifié de tomber sur un répondeur ou de faire face à mon correspondant.
Quatre tonalités.
Je me demandais si cela était vraiment une bonne idée après tout, et que je devrais peut-être raccrocher.
Cinq tonalités.

Je commençais à perdre espoir et me disais que je devrais laisser tomber. Je pourrais toujours rappeler plus tard. Mais au même moment, j’entendis décrocher.

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« Allô ?
— Salut, c’est Thomas. Je sais que je ne t’ai pas trop donné de nouvelles récemment, mais j’ai vraiment besoin de te parler. Je peux plus vivre comme ça, je deviens fou. Et je sais que tu pourras m’aider toi, t’es pas mon meilleur ami pour rien. On peut se voir maintenant ? »

Je voulais vraiment appeler Marie, mais je n’en étais pas capable, alors le choix s’est tout naturellement tourné vers Sam. Je savais qu’il pourrait m’aider à y voir plus clair et à aller de l’avant. Mon cœur me faisait toujours souffrir mais je voulais que cela s’améliore et, sans Sam, je ne voyais pas comment faire.

« Euh… Je peux pas là, je suis occupé. »

Il paraissait bizarre, comme si je le dérangeais. J’avais vraiment besoin de lui mais je ne voulais pas le déranger avec mes histoires. Je me disais que je devrais surement le rappeler plus tard.

« C’est lui ? »

Cette voix qui venait du téléphone n’était pas celle de Sam et, bien que je ne l’entendis pas très fort, je savais à qui elle appartenait.

« Marie ? Sam, pourquoi t’es avec Marie ?
— Thomas c’est mieux qu’on en parle plus tard, d’accord ? »

Je restais figé face à ce que je venais d’entendre. J’avais envie de jeter tout ce que j’avais fait ces derniers jours pour courir chez elle, lui dire à quel point je l’aime et que je ne pouvais pas vivre sans elle. Si elle savait ce que j’avais tenté de faire pour elle, elle n’en reviendrait pas. Mais au lieu de ça, elle était avec Sam. Ce même Sam qui m’avait poussé à passer à autre chose était avec elle en ce moment même. J’étais trahi par la seule personne en qui j’avais vraiment confiance.  Je sentais dans ma poitrine mon cœur se décomposer. Il avait eu une trop grosse charge émotionnelle en très peu de temps. Il ne pouvait plus tenir et moi non plus. J’éteignis mon téléphone et me rallongea dans mon lit, la tête entre mes oreillers. Je n’arrivais plus à penser. Ma tête était vide. Mon cœur aussi. Je ne ressentais plus rien et malgré ça, des larmes coulaient sur mon visage. Je venais de tout perdre en si peu de temps, et tout ça à quelques jours de Noël.

Je ne pouvais rêver mieux comme cadeau.

En fait… si.

Je pouvais rêver mieux.

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