I have a dream (2/8)

I have a dream (2/8)

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« Fais pas cette tête, t’es jeune ! T’as le temps d’en trouver une autre ! » Mon ami Sam était toujours optimiste. Selon lui, rien n’arrivait par hasard, et si cette fille ne voulait pas se marier, alors c’est qu’elle n’était pas la bonne. Et tout au long de la soirée, j’ai eu droit à une ribambelle de phrases clichées dans le même style. Parmi elles, il y en a une que je déteste entendre : « Une de perdue, dix de retrouvées. » Comme si j’avais envie de trouver dix autres filles. Il n’y en a qu’une qui m’intéressait et elle n’a pas voulu de moi. Je repensais encore à toutes ces choses que nous avons faites à deux. La fois où nous avions fait du manège ensemble et nous avions ri comme des enfants. Ou encore la fois où nous avions fait une bataille d’oreiller dans la chambre, combat dont j’étais sorti vainqueur par KO. Et quand nous allions dans notre boulangerie préférée qui fait les meilleures chocolatines de toute la ville. Et cette fois où nous avions préparé un succulent repas pour pique-niquer, dans ce parc que nous aimions tant. Ses souvenirs me rendaient nostalgique et les larmes commencèrent à monter à mes yeux. Sam le remarqua aussitôt : « Oh non, t’as pas intérêt à pleurer mon p’tit Thomas ! On est ici pour se changer les idées. » Il fit un geste au serveur et celui-ci nous amena deux petits verres remplis d’un breuvage magique censé nous faire tout oublier. Sam poussa un verre dans ma direction et son regard me faisait comprendre qu’il ne serait pas satisfait tant que je n’aurais pas descendu mon verre. « Désolé Sam, mais je crois pas que l’alcool soit la solution.
– Et c’est quoi ta solution ? Tu vas pleurer toutes les larmes de ton corps ? Je sais que ça faisait longtemps que vous étiez ensemble, mais tu ne peux plus rien faire maintenant. Il faut aller de l’avant. »


Quand je n’avais que douze ans, mes parents ont déménagé dans une autre ville pour le travail de mon père. J’ai de ce fait dû intégrer le collège du coin. Ce n’est jamais facile de devoir quitter ses anciens amis pour se retrouver dans une classe remplie d’inconnus, surtout pour quelqu’un de timide comme moi. Je me rappelle encore quand la prof de français m’a présenté à la classe. Dire que j’étais terrorisé ne serait qu’un euphémisme. Mes jambes tremblaient à la vue de ces nouveaux visages et je me voyais déjà en train de passer le restant de l’année seul. L’enseignante me fît asseoir à la seule place libre restante, tout au fond de la classe, à côté d’un garçon qui paraissait plus vieux que les autres. Je m’assis en silence, essayant tant bien que mal de suivre le cours malgré la peur qui me retournait le ventre. « Psstt ! » J’avais sorti ma trousse et dégainé mon stylo à bille bleu, prêt à écrire la leçon du jour. « Pssssstttt ! » Comme j’étais assis tout au fond de la salle, j’avais du mal à lire ce que la prof marquait. « Hé, tu fais exprès de m’ignorer ou quoi ? » Je ne pouvais que lui donner raison. J’avais bien entendu mon voisin qui essayait désespérément d’attirer mon attention depuis tout à l’heure. Mais je me méfiais de lui. Après tout, on ne finit pas au fond de la classe par hasard. Encore un cancre qui passait ses journées à ne rien faire plutôt que d’étudier ses leçons. Tout en notant ce que la maitresse écrivait au tableau, je lui répondis : « Qu’est-ce que tu veux ?
– C’est quoi ton nom ?
– La maitresse l’a dit tout à l’heure, tu aurais dû écouter !
– Ah oui je sais mais j’aime pas les cours. Je préfère dessiner, c’est mieux. Tiens, regarde ! »
Il me montra une feuille où il y avait plusieurs rectangles avec des personnages à l’intérieur. C’était une bande dessinée. Et plutôt réussie, je dois dire. Il y avait un homme et une femme en train de boire un thé, assis dans des chaises qui paraissaient, même dessinées, très confortables. Je passais d’une case à l’autre, intrigué par ce qui allait se passer. Un petit homme entra dans la salle vêtu d’une tenue digne d’un majordome. Il apporta un plat sous cloche au couple et lorsqu’il souleva le couvercle, on pouvait découvrir un minuteur relié à une dynamite. Le couple avait l’air en panique tandis que le majordome arborait un sourire des plus terrifiants. Et puis… Plus rien. Je venais de finir sa planche. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point son œuvre m’avait captivé. J’avais envie de savoir qui était ce mystérieux majordome et comment ce couple allait se tirer d’une telle situation.
« Alors, qu’est-ce que t’en dis ?
– Je trouve ça super, j’ai vraiment envie de voir la suite ! Tu as fait d’autres dessins ?
– Oui, j’adore ça, j’en fais tout le temps. Plus tard, j’aimerai bien être dessinateur de BD alors je m’entraîne beaucoup. »
Je dois avouer que je l’avais peut-être mal jugé. Il n’était pas intéressé par les cours, certes, mais il avait une passion dont il était fier et il travaillait très dur pour atteindre son objectif final : devenir dessinateur. Je le trouvais très intéressant et j’avais envie de le voir à l’œuvre. J’avais hâte d’observer sa manière de travailler ainsi que tout son processus de création, de l’idée de départ jusqu’au dernier coup de crayon.
« Alors, tu m’as pas dit ! C’est quoi ton nom ?
– C’est Thomas, et toi ?
– Samuel, mais tu peux m’appeler Sam ! »

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Sam était rapidement devenu un copain, puis un pote, et inévitablement mon meilleur ami. Nous nous sommes toujours soutenus dans les moments difficiles. Après tout, c’est bien le but d’un ami pas vrai ? Et aujourd’hui n’échappait pas à la règle. Il a fallu d’un simple coup de fil pour qu’il comprenne que ça n’allait pas et, ni une ni deux, le voilà au pied de ma porte pour me faire sortir de chez moi. Il avait passé toute la soirée à essayer de me faire rire en me racontant des blagues tirées des pires Carambar, ou encore en s’improvisant danseur étoile en imitant du mieux qu’il put la représentation du Lac des cygnes. Il se donnait du mal pour me remonter le moral, je ne pouvais que l’en remercier. Mais ce soir, pas même la blague la plus drôle du monde ne saurait m’arracher un sourire. Après quelques pirouettes acrobatiques, Sam comprit aussi que faire le pitre ne mènerait à rien. Il avait donc décidé de passer à l’étape suivante en m’amenant dans son bar préféré, pensant que l’alcool résoudrait tous mes problèmes. Et me voilà donc, assis au comptoir, un shooter de vodka devant moi et, à ma droite, Sam qui m’encourageait de le boire. Il allait être très déçu, car je savais bien que ce verre ne me ramènerait pas Marie. À peine avais-je pensé à son nom que mon téléphone vibra. Je le sortis de ma poche pour découvrir avec stupeur que je venais de recevoir un message d’elle. Le destin serait-il en train de s’excuser pour cet incident ? Pour la première fois de la soirée, j’esquissais un sourire sur mon visage qui ne dura que le temps de l’ouverture du message : « Je ne suis pas prête pour me marier. Je dois encore réfléchir… » Pas prête ? Réfléchir ? N’avait-elle pas eu le temps d’y penser en quatre ans ? Ma tristesse se transforma en colère. J’attrapai le verre devant moi et le bus d’une traite. « Voilà Thomas ! C’est ça que je veux voir ! » Je reposais mon verre devant moi avant de saisir celui qui se trouvait devant Sam pour lui réserver le même sort que son collègue. Sam me regardait avec surprise. Il savait que je n’étais pas un grand fan d’alcool et me voir dans cet état lui fit comprendre que je n’allais vraiment pas bien. Et il avait raison. Mon moral était au plus bas et j’étais bien décidé à empirer mon cas alors que je m’adressais au serveur : « Deux autres verres s’il vous plaît ! »

Après avoir consommé autant d’alcool qu’un étudiant lors d’une soirée de fin d’année, je me retrouvais dans la rue avec Sam à mes côtés, qui m’aidait tant bien que mal à marcher droit. Au vu de mon état, il avait décidé de me ramener chez moi en un seul morceau. Tout le long du trajet, j’alternais des phases de colère, où je traitais Marie de tous les noms d’oiseaux, et de tristesse où je pleurais toutes les larmes de mon corps. Après quelques pénibles minutes, Sam ouvrit la porte de mon appartement et me déposa dans mon lit. Il resta avec moi un moment afin de s’assurer que j’allai bien, puis s’en alla, me laissant paisiblement dans les bras de Morphée.


Le soleil se posa sur mon visage pour me signaler qu’il était l’heure de me réveiller. J’émergeai de mon lit et le premier pas sur mon plancher me fit regretter d’avoir autant bu hier soir. J’avais un mal de tête à peu près aussi pénible que mon mal de ventre. J’allai dans la cuisine pour me préparer un petit thé, idéal pour se réveiller en douceur. Un peu d’eau dans ma tasse du matin et direction le micro-ondes pour deux minutes de chaleur digne des Bahamas. Je récupérais mon thé et mes carrés de sucre pour les installer sur la table du salon avant de me diriger vers la salle de bain. J’étais en train de boire un grand verre d’eau quand on toqua à la porte. Qui pouvait bien me déranger de si bonne heure ? C’était sans doute Sam qui venait s’assurer que j’étais encore en vie. Sans réfléchir, je déverrouillais ma porte d’entrée et l’ouvrit pour me retrouver nez à nez avec Marie.
« Qu’est-ce que tu fais là ?
– Je viens te voir, gros bêta ! Boudu tu as vu le temps dehors ? J’ai même pas pris mon parapluie, je suis trempée. »
Elle avait un sacré culot de revenir ici après tout ça. Et elle faisait comme si rien ne s’était passé. Elle prit place dans le canapé, attrapa un magazine sur la table basse et commença à le feuilleter. Essayait-elle de me narguer ?
« Est-ce que je peux savoir ce que tu fais ?
– Je… lis un magazine. C’est illégal ?
– Me prend pas pour un con, je te demande en mariage et tu me laisses comme une merde. Et maintenant tu reviens chez moi comme une fleur ?
– Mais qu’est-ce que tu racontes ? Toi tu as bu hier soir, pas vrai ?
– Évidemment, je suis rentré ivre mort. Je veux que tu m’expliques maintenant : pourquoi tu es partie sans rien dire l’autre soir ? Je suis pas assez bien pour toi ? Parce que cette connerie de « j’ai besoin de temps » franchement c’est ridicule !
– Mais t’es complètement à l’ouest mon pauvre, faut que t’arrêtes l’alcool !
– Ne change pas de sujet, pourquoi tu veux pas m’épouser ?
– Mais je t’ai déjà épousé banane ! »
Elle tendit sa main gauche vers moi. Il y avait une bague à son annulaire que je reconnus aussitôt. Il s’agissait de celle que j’avais acheté spécialement pour elle et qui était dans ma poche de manteau le jour de ma proposition. Comment l’avait-elle récupérée ? Je ne comprenais plus rien à ce qui se passait. Je la revoyais pourtant me laisser seul dans ce parc sous la neige. Marie se leva et s’avança vers moi. « Mon pauvre chou, l’alcool ne te réussit pas » et elle m’enlaça. Je la sentais alors contre moi. Cette sensation de chaleur me donnait un sentiment de sécurité, de bonheur. Je voudrais rester comme ça tout le reste de ma vie. Avec elle à mes côtés, je ne serai jamais malheureux, j’en suis persuadé. Je la serrais fort dans mes bras quand un bruit sourd provenant de la cuisine retentit : « BIP ! BIP ! » Cela devait être le thé qui était enfin prêt. Je retirais mes mains du dos de Marie et me dirigeais vers l’origine du bruit. « BIP ! BIP ! » Quelque chose m’étonnait. Je ne me rappelais pas que mon micro-ondes faisait ce son. Alors que j’arrivais près de ce dernier, quelque chose m’interpella. Le micro-ondes était encore en route. Il restait encore vingt secondes. « BIP ! BIP ! » Je me disais bien que sa sonnerie était différente. Oui, ce bruit ressemblait plus à…

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Mon réveil retentissait dans la pièce depuis maintenant une minute et il venait tout juste de me faire ouvrir les yeux. J’étais encore dans mon lit. Je me tournais immédiatement vers la porte menant au salon : « Marie ? Tu es là ? » Aucune réponse. Tout cela était donc un rêve. Mais tout paraissait tellement vrai. Comme si cela était vraiment en train d’arriver. Serait-ce un rêve prémonitoire ? Peut-être que cela voulait dire que tout ira bien entre Marie et moi. Hors de question de laisser place au doute. Si ce rêve signifiait quelque chose, je devais en être sûr. Je sortis de mon lit et me prépara en vitesse. J’attrapai les clés de mon appartement et m’en alla en direction de la bibliothèque la plus proche, à la recherche d’un livre qui pourrait m’en dire un peu plus sur la signification de mon rêve. Cela pouvait paraître à une tentative désespérée de retrouver ma chère et tendre, mais l’amour rend fou au point de faire les actions les plus stupides. Et celle-ci n’était que la première d’une longue liste.

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