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Mois : juillet 2017

Hear what I hear

Hear what I hear

Music is a piece of art that goes in the ears straight to the heart – Unknown

La musique fait partie de notre quotidien. Si bien qu’il serait impossible aujourd’hui de passer une journée sans entendre une chanson. Que ce soit à la radio, à la télé, sur une vidéo, dans un jeu, la musique est partout. Et il y en a pour tous les goûts. Vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur la liste des genres musicaux présente sur Wikipédia pour vous rendre compte de ça.
Mais qu’est-ce qui fait qu’une musique est plaisante à écouter ? Pourquoi préférons-nous une chanson plutôt qu’une autre ? Il est impossible de répondre à ces questions car tous les goûts sont dans la nature et aucune explication scientifique ne peut nous éclaircir là-dessus. Toutefois, j’aimerai vous parler d’un artiste que j’ai découvert récemment et dont je suis devenu fan en quelques jours. Il s’agit de Porter Robinson. Vous avez peut-être déjà entendu “Shelter”, un morceau qu’il a co-produit avec le français Madeon et qui a fait exploser la popularité de ces deux artistes.

Comme beaucoup j’ai adoré ce titre et ne connaissant pas Porter Robinson, j’ai décidé d’écouter son album “Worlds” pour me faire une idée. C’était le coup de foudre dès la première écoute. Son style peu commun m’a fait planer, comme si j’étais allongé sur un nuage. Sa musique me procure à chaque écoute, une floppée d’émotions dont je ne me lasse pas. Vous connaissez ça, quand vous écoutez une chanson tellement belle et tellement puissante au niveau des instruments et des paroles que vous en avez des frissons. Il suffit que je ferme les yeux pour me laisser transporter et me voilà parti dans un voyage musical exceptionnel.

frissons
Frissons garantis

Je ne pouvais pas m’arrêter en si bon chemin. Je me suis alors mis à écouter ses performances en live lors de divers festivals. Et je n’ai toujours pas compris comment Porter a réussi à produire un set encore plus fou que son album. Il mélange les chansons entre elles, créant ainsi une toute autre histoire, faisant passer une toute autre émotion à celui qui l’écoute. Je suis devenu accro à ses performances, si bien qu’il n’y a pas un jour sans que j’écoute une de ses musiques.

Cela fait maintenant plusieurs mois qu’il n’a pas sorti de nouveaux titres. Sa tournée avec Madeon lui a pris beaucoup de temps mais aux dernières nouvelles, il serait en train de finir tous les projets musicaux qu’il a commencé sans avoir pu les terminer. 2017 marquera peut-être son grand retour en tant que producteur…

Chocolatine (2/3)

Chocolatine (2/3)

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“Il vous faut aller dans la direction du métro et prendre la deuxième rue à gauche, vous verrez, vous ne pouvez pas le rater !” Ces mots résonnaient dans la tête de Ralph. C’était la première fois qu’il mettait les pieds dehors depuis qu’il avait déménagé. Une autre vie dans une autre ville. Il en avait besoin. Il s’était mis sur son trente-et-un pour l’occasion : une chemise blanche avec les manches retroussées deux fois ni plus ni moins. Son pantalon bleu marine faisait contraste avec ses chaussures en daim beige, qu’il ne mettait que très rarement. Il marchait à une allure saccadée, due au mélange de détermination et de peur qu’il ressentait. Il avait amené avec lui son CV et sa lettre de motivation, ainsi que le journal où figurait l’offre d’emploi à laquelle il se rendait. Il s’agissait d’une banque près du centre-ville. Ralph se souvenait avoir vu les pubs à la télé : “À la BNO, votre argent va vous rapporter gros !”. Il ne savait même pas ce que voulait dire BNO. Banque Nationale d’Occitanie ? Brevet de Natation en Outre-mer ? Bière Nature aux Olives ? Cela lui importait peu du moment qu’il décrochait ce travail. Il savait pertinemment qu’il serait mal payé et qu’il était surqualifié pour un tel poste. Mais c’est exactement ce qu’il voulait. Du changement.

“Vous ne pouvez pas le rater !” Ralph avait suivi les instructions à la lettre. Le panneau “Arrêt de la coccinelle” montrait bien qu’il ne se trompait pas. Il avait finalement trouvé l’arrêt de bus qui le conduira à son entretien d’embauche. Il se voyait déjà attendre ici tous les matins pour aller travailler. Il y avait même une boulangerie juste en face. La vue de celle-ci réveilla le ventre de Ralph. Il faut dire qu’il n’avait pas eu l’idée de prendre son petit-déjeuner. Il regarda le tableau des horaires du bus. Trois minutes. Juste le temps de s’acheter un en-cas. Ni une ni deux, il traversa la rue et entra dans la boulangerie. Deux personnes attendaient déjà de se faire servir. Cela lui laissait le temps de parcourir les viennoiseries et pâtisseries qui donnaient toutes l’eau à bouche. “Et voilà Monsieur, une baguette pas trop cuite. Bonne journée”. Plus qu’une personne avant de pouvoir régaler son estomac. Il allait se laisser tenter par un éclair au chocolat et se voyait déjà n’en faire qu’une bouchée. Au même moment, Ralph entendit un crissement de pneu provenant de l’extérieur. Le bus venait d’arriver. Il savait qu’il ne pouvait pas se permettre d’arriver en retard à son rendez-vous. Il le voulait ce travail. Il en avait besoin. La gourmandise devra attendre. Usain Bolt aurait été jaloux du sprint que Ralph effectua pour se rendre à son bus. Il prit place à l’arrière et posa sa tête contre la vitre, observant la devanture de la boulangerie et s’imaginant toutes les bonnes petites choses qu’il aurait pu manger. La personne qui attendait devant lui venait de sortir tandis que le bus commençait à démarrer. Elle n’avait acheté qu’une viennoiserie. Une chocolatine.


“Vous savez où je pourrais trouver la boulangerie la plus proche ?” Le temps s’était comme arrêté lorsqu’elle finit de prononcer ces mots. Il ne voyait plus qu’elle. Il ne s’était pas trompé sur son sourire, et, l’observer d’aussi près lui procurait une étrange émotion. Comment vous décrire ça. Imaginez-vous un dimanche dans votre maison, en train de savourer un délicieux chocolat chaud alors que vous entendez le bruit de la pluie au-dehors. Vous sentez cet apaisement ? C’est exactement ce que Ralph ressentait à ce moment précis. Il était en paix. “Vous êtes sûr que ça va ?” Cette sérénité qui remplissait le corps de Ralph lui avait fait oublier la situation dans laquelle il se trouvait.

“Excusez-moi, j’étais perdu dans mes pensées.
– Ne vous en faites pas. Je vous demandais par hasard si vous connaissez une boulangerie près d’ici. Je me rends toujours là d’habitude et comme elle vient de fermer, je ne sais plus où aller”.

Il nous arrive parfois dans la vie de ne pas savoir ce que nous faisons. Nous ne contrôlons plus rien et nous prenons parfois les décisions les plus farfelues sans même penser aux conséquences. Parfois, notre conscience nous ramène à la raison et nous évite de nous retrouver dans des situations impossibles. La conscience de Ralph n’était pas présente à ce moment-là.

“Ne vous inquiétez pas, j’ai négocié avec la propriétaire pour pouvoir reprendre son commerce. Le temps de tout préparer, je serai ouvert pour la semaine prochaine”.

À peine eût-il fini sa phrase qu’il se rendit compte de l’ignominie que sa bouche venait de dire. Tenir une boulangerie ? Lui ? Il ne savait même pas comment faire du pain. Il ne savait d’ailleurs même pas si l’établissement était à vendre !

“Vraiment ?” dit-elle, esquissant un large sourire. Non, criait Ralph. Mais il n’arrivait plus à parler. “Alors nous allons nous revoir, je viens ici tous les matins pour le petit-déjeuner. Attention, j’espère que ce sera bon ! Oh mince, je vais être en retard ! Désolée, mais je dois filer. On se voit la semaine prochaine !” Elle avait l’air aussi ravi que Ralph était dépité. En la voyant s’éloigner, il ne put s’empêcher de repenser à ce qu’il venait de dire. Jamais il n’arriverait à faire vivre ce commerce. Qu’allait-il faire maintenant ? Pourquoi pas lui dire que c’était une blague ? Ou bien déménager à nouveau, dans un autre pays cette fois ? “Mais enfin qu’est-ce que je raconte” pensa Ralph à haute voix. Il avait trouvé ce qu’il allait faire. Rien. Après tout, il se fichait bien de ce qu’il avait dit. Cette fille n’aura qu’à aller dans une autre boulangerie pour commander une chocolatine, à exactement huit heures du matin, du lundi au vendredi. Et il ne la verrait plus…

“Oh, excusez-moi, j’ai oublié de me présenter”. Ralph releva les yeux et s’aperçut qu’elle était revenue vers lui. “Je m’appelle Émilie”. En prononçant ces mots, elle arborait le plus beau sourire de tout le quartier. Peut-être même de toute la ville. “Ralph. Enchanté”. Elle sourit de nouveau. “Eh bien, Ralph, il me tarde de venir dans ta boulangerie. À plus tard !” Et elle le laissa là.

Il savait bien qu’elle ne pourrait jamais goûter à ses produits, puisqu’il n’avait pas racheté la boulangerie. Et même si tel était le cas, il ne connaissait rien du métier de boulanger. Ce serait du suicide que de se lancer là-dedans. Autant abandonner.



“Non. Ce n’est pas comme ça que je dois voir les choses”. Ralph médita plusieurs instants sur le trottoir faisant face à son arrêt de bus. “Après tout, pourquoi pas essayer ?” se dit Ralph. “Moi qui voulais du changement, avec ça je ne serai pas déçu”. Au fond de lui, il savait qu’il s’embarquait dans quelque chose qu’il ne pouvait pas contrôler. Mais il était comme ça. Il prit note du numéro de téléphone inscrit sur la devanture et appela aussitôt. La patronne s’étonna de l’engouement de Ralph pour sa boulangerie et lui proposa même des cours pour qu’il puisse apprendre le métier. Il appela aussi la banque pour leur signaler sa démission. C’était une nouvelle page qui se tournait pour lui. Il y avait beaucoup de chances pour que cela soit un échec lamentable, qu’il perde tout son argent et qu’il se retrouve à la rue, sans travail. Mais dans sa tête, cela ne lui importait plus. Car il savait que même si cela devait arriver, il pourrait la revoir au moins une fois de plus. Émilie. Chocolatine.

Suite

Chocolatine (1/3)

Chocolatine (1/3)

De fines gouttes de pluie commençaient à tomber. Le soleil avait laissé place aux nuages et on pouvait déjà entendre le grondement de la foudre au loin. Le vent, de plus en plus violent, faisait danser les arbres sur un rythme peu commun. Dans la rue, une vague de parapluie avait fait son apparition. Il y en avait pour tous les goûts : des clairs, des foncés, des rayés, avec motifs, etc. On pouvait noter sur certains d’entre eux, des petites phrases humoristiques telles que “Après la pluie vient le beau temps”. Les enfants s’amusaient à sauter à pieds joints dans les flaques avec pour but de faire la plus grosse éclaboussure possible. Le quartier se vidait au fur et à mesure que la pluie s’intensifiait, et bientôt plus l’ombre d’une personne dans les rues.

Bus n°96 – Arrêt de la coccinelle. En retard. Ralph avait l’habitude d’attendre. Il connaissait cet arrêt de bus par cœur et savait pertinemment qu’être à l’heure n’était pas la spécialité du chauffeur. Mais cela lui importait peu. Il aimait prendre le temps de regarder autour de lui, d’observer les passants déambuler. Son passe-temps favori était de s’imaginer la vie de tous ces gens. Il s’était pris d’affection pour une jeune femme qui avait l’habitude de s’arrêter tous les matins pour acheter une chocolatine à la boulangerie. Du lundi au vendredi, à exactement huit heures du matin, elle était là. Difficile de la manquer, avec ses longues jambes fines et gracieuses, digne d’une marathonienne. Mais ce qui retenait le plus l’attention de Ralph, c’était son sourire lorsqu’elle sortait de là, une chocolatine à la main. Elle rendait jalouses toutes ces filles que l’on peut voir dans les publicités pour dentifrices. Elle dévorait la viennoiserie de ses yeux bruns en amande. Sa longue chevelure noire faisait contraste avec sa peau aussi blanche que de la neige. Il ne manquait plus que les sept nains. Il ne connaissait pas le nom de cette fille, mais il avait pris l’habitude de l’appeler “Chocolatine”. Ralph manquait d’imagination. Perdu dans ses pensées, il ne s’était pas rendu compte que le bus venait d’arriver, et que le chauffeur le regardait droit dans les yeux, impatient.

“C’est du très bon travail Ralph, comme toujours !” Le directeur ne manquait jamais de complimenter Ralph. Il faut dire que ce dernier était très minutieux dans son travail. Il avait été embauché dans l’une des banques les plus prestigieuses du pays, et tout le monde était content de lui. En deux ans et demi, il n’était jamais arrivé en retard. Cela montrait bien à quel point Ralph adorait son travail. Il prenait toujours soin de nettoyer les locaux comme s’il s’agissait de sa propre maison. À la fin de son service, le sol était aussi resplendissant que les joyaux de la couronne. Content de lui, Ralph rangea le matériel de nettoyage dans le placard prévu à cet effet avant de partir se changer. En ce premier jour d’automne, il avait prévu le coup : un long manteau bleu marine, une écharpe blanche en soie et des chaussures adaptées à la pluie. La pluie. C’était ça qu’il avait oublié ce matin.

Le trajet séparant la banque de l’arrêt de bus semblait interminable tandis que de grosses gouttes d’eau venaient percuter Ralph à intervalle constant. En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, il était déjà trempé de la tête aux pieds. Plus jamais il n’oubliera son parapluie. Il arriva finalement à destination après plusieurs minutes de course effrénée. La pluie continuait de s’abattre sur le sol avec une violence digne d’un match de boxe de Mohamed Ali. En voyant le bus s’approcher, Ralph ne put s’empêcher de penser à ce qu’il mangera ce soir. Et pourquoi pas une soupe ? Il adorait boire quelque chose de chaud lorsqu’il pleuvait. Ce contraste de température le remplissait d’une extrême satisfaction. Il ne lui manquait plus qu’une baguette de pain pour pouvoir faire des croûtons, gage d’une soupe réussie. Heureusement, il y avait toujours la boulangerie à côté de chez lui et il savait qu’elle était ouverte jusqu’à très tard.

La pluie s’était arrêtée. Comme pour s’excuser d’avoir trempé Ralph tout à l’heure. Ce dernier descendit du bus et attendit que celui-ci redémarre pour traverser la route. Il s’imaginait déjà, un pain à la main, grignotant le quignon sur le chemin du retour. Il s’était donc décidé : ce soir, ce sera soupe de légumes ! Tout sourire, il s’approcha de la porte de la boulangerie. Mais avant qu’il n’eût le temps de l’ouvrir, un écriteau attira son attention.

FERMETURE DÉFINITIVE

“Oh non c’est pas vrai !” C’est exactement ce que Ralph pensait à ce moment-là. Pas de croûtons pour sa soupe. Cependant, ce n’était pas lui qui avait prononcé ses mots. “Excusez-moi ?” Non, ce n’était définitivement pas Ralph. La voix venait de derrière lui. Il se retourna pour découvrir ce mystérieux interlocuteur. “Vous savez où je pourrais trouver la boulangerie la plus proche ?” Il n’avait pas reconnu sa voix. Mais il la connaissait. Chocolatine.

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